‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 165 sur 385 · CHAPITRE VIF · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIF

CONSOLATION d'UNB AME QUI RECONNAÎT SA MISÈRE.

20. Que toute âme donc qui est en cet état, écoute avec étonnement et admiration cette parole vraiment divine : Bienheureux lespau* vres d'esprit^ parce que le royaume des cieux est à eux ^ Et qui est plus pauvre d'esprit que celui-là qui dans son esprit tout entier ne voit pas un point de repos, ne trouvé pas où reposer sa tète ? Cest encore ici un dessein de la céleste miséricorde, que l'homme qui se déplaît à lui-même ait le bonheur de plaire à Dieu, et que celui qui hait la maison de son âme, parce qu'il la voit pleine de corruption et de misère, soit attiré par cela même vers cette demeure glorieuse, que les hommes n'ont point bâtie , et qui doit durer éternellement dans les cieux.

21. Et il ne faut pas s'étonner si le pécheur demeure confondu en présence de tant de bonté, s'il peut à peine en croire à ses oreilles, si, dans le saisissement de son admiration , il s'écrie: < Est-il croyable que le bonheur de • rbommesoitla suite de sa misère? » Qui que

> Matlb., y, 3.

S. Bbrn. — Tome IL

tu sois qui te trouves en cet état, ne doute point d'un tel prodige : ce n'est pas la misère de l'homme, c'est la miséricorde de Dieu qui produit ici le bonheur ; mais cette miséricorde elle-même est déterminée par notre misère. Ou bien encore, sache en effet te rendre heureux par la misère même, en faisant tourner ton humiliation en humilité, et ta nécessité en vertu. Mon Dieu, dit le Prophète, vous tiendrez en réserve pour voire héritage une pluie bienfait santé. H s'était affaibli et vous avez pris soin de le rétablir^. C'est une maladie utile, en effet, que celle qui nous porte à réclamer les soins du médecin ; et l'on trouve son avantage à ne rien pouvoir par soi-même, quand on a pour soi le secours de Dieu.

22. Comme il n'est pas possible de parvenir à régner avec Dieu, si l'on n'a commencé de régner ici-bas ; comme on espère en vain le royaume céleste, quand on ne peut même obtenir encore l'empire sur ses propres sens ; la voix d'en haut continue en disant : Bienheu^ reux ceux qui sont doux, parce quHls auront la terre en héritage *. C'est comme si elle disait formellement : «Adoucis les mouvements im- « pétueux de ta volonté, et tâche d'apprivoiser «celte bête farouche. Tu es serré par des « liens, efforce-toi de délier ce qu'il n'est pas « en ton pouvoir de rompre. La volonté est ta «compagne inséparable. Lui faire compléte- « ment violence, ou la combattre ouvertement, « sera toujours au-dessus de tes forces, b

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