OD LIVRE DE LA CONVERSION
ment sa peine, que de nourrir la femme slériie, pendant qu'on refuse tout secours à la veuve; que de négliger le soin de son âme, et de satisfaire son corps dans tous ses désirs; que d'engraisser et de choyer un cadavre tombant en pourriture, qui deviendra bientôt indubitablement la pâture des vers.
28. Quant à l'amour déréglé des richesses, quanta l'ignoble idolâtrie de l'or, ou au fol engouement des vanités du monde, qui ne sait que c'est là l'indice d'une âme dégradée? Admettons cependant qu'il y ait de la grandeur et de la gloire dans les avantages que le monde semble procurer momentanément à ses sectateurs : qui ne voit pas qu'ils n'ont rien de solide? Il n'y a de certain que leur courte durée ; encore la limite d'un espace si court est elle-même incertaine. L'homme souvent les perd même pendant sa vie : car il va bien sans dire qu'au moment de sa mort ils ne sauraient jamais l'accompagner. Or, parmi les choses humaines, quoi de plus certain que la mort, et quoi de plus incertain que l'heure même de la mort? Elle n'a point pitié du pauvre, elle ne respecte point le riche ; elle ne fait grâce à personne, ni pour son rang, ni pour ses mœurs, ni même en faveur de son âge, si ce n'est qu'elle assiège la porte du vieillard, et qu'elle tend des pièges sous les pas du jeune homme.
29. Malheureux donc celui qui, marchant avec confiance dans les sentiers obscurs et glissants de la vie, s'engage en des soins superflus, sans voir que tout ceci n'est que vapeur légère, que vanité des vanités. Vous voilà maître enfin par vos intrigues de ce poste élevé, si longtemps objet de vos vœux : gardez bien ce que vous tenez. Vous êtes parvenu à force d'épargnes à remplir votre coffre-ft>rt : veillez soigneusement à ne rien perdre. Vos champs ont rapporté d'abondantes moissons, abattez vos greniers pour en construire de plus vastes; bâtissez sur des plans nouveaux; dites-vous à vous-même : Tu as beaucoup de biens entassés maintenant, et pour un grand nombre d'années... Et voilà qu'une voix vous dira tout à coup: Insensé^ dès cette nuit même^ on va te de* mander ton âme : pour qui seront ces biens que tu as amassés ^.
30. Plût au ciel que ces biens seuls dussent périr, et que celui qui les accumula ne périt pas plus tristement encore 1 II serait moins cruel de travailler pour rien que de travailler pour sa perte. Hais non, la solde du péché^ c'est
^Loc, XII, 20.,
la mort * : et celui qui sème dans la chair, recueillera la corruption^. Car nos œuvres ne passent point, comme elles semblent passer; mais tout ce que nous semons dans le temps germera pour l'éternité. L'homme insensé s'étonnera, quand de cette faible semence il verra s'élever une moisson féconde, soit pour le bien, soit pour le mal, selon que la semence aura été bonne ou mauvaise. Celui qui s'entretient de ces pensées, ne regarde jamais un péché comme peu de chose, car il a moins en» vue la semence qu'il jette que la moisson qui doit en provenir.