‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 168 sur 385 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

c'est vainement que LB pécheur cherche LE9 TÉNÈBRES ET LE MYSTÈRE; CAR IL A PARTOUT POUR TÉMOINS, ET LE^ DÉMONS QUI l'aCCUSENT^ ET LES ANGES QUI DÉPOSENT CONTRE LUI, ET DIEU QUI DOIT LE JUGER.

31. Les hommes sèment donc, même sans le savoir; ils sèment quand ils enveloppent d'un voile leurs mystères d'iniquité, quand ils dérobent aux regards leurs projets de vanité,* quand ils consomment dans le secret leurs œuvres de ténèbres. — Voilà, dira l'un d'eux,^ que des murs m'environnent : qui peut me voir? — Admettons que nul homme ne tej voie : tu n'es pourtant pas sans témoin. L'ange maudit te voit; le bon ange te voit ; Dieu lui-| même te voit, lui qui est bien plus grand que^ les bons et les mauvais anges. Ainsi donc, tuj es vu de ton accusateur ; tu es vu d'une multitude de témoins ; tu es vu du juge lui-même au tribunal duquel il te faut comparaître ; et vouloir pécher sous ses yeux est aussi insensé aujourd'hui, qu'il sera horrible plus tard de tomber entre les mains du Dieu vivant. Ne va donc pas te croire en sûreté : il est des pièges qui t'échappent, sans que tu puisses leur échapper. Il est, je le répète, des pièges qui t'échappent ; et comme il t'est impossible de les découvrir, il t'est également impossible de ne pas t'y laisser surprendre.

32. Oui sans doute, il entend, celui qui forma notre oreille 9 il voit, celui qui fit notre œil. Les rayons de ce soleil de justice ne sont pas arrêtés par un amas de pierres qui sont l'ouvrage de ses mains; et les remparts de notre corps ne sauraient, non plus, faire obstacle aux yeux de l'éternelle Vérité. Tout est sans voile pour les regards de Dieu; 11 est plus pé-

> Rom , VI, àS,— • Galal. vi, 8.— » Ps, xcxiii. 9.

SERMON

nétrant qu'un glaive à deux tranchants. Nonseulement il voit, mais il discerne clairement la direction de nos pensées, et il découvre nos plus intimes affections. Enfin, si Tablme du cœur humain et tout ce qu'il renferme de secrets n'étaient pas présents devant lui, on n'eût pas vu le grand Apôtre, bien que sa conscience ne lui reprochât rien, frémir de crainte à la pensée des arrêts de ce Juge suprême : Jt compte pour bien peu^ dit-il, d'éire jugé par vouSj ou par d'autres hommes : je ne veux paSy non plus^ être mon propre juge. Car y encore que ma conscience ne me reproche rien^ je ne suis pas pour cela justifié. Mais celui qui doit me juger ^ c'est le Seigneur^.

33. Si tu te fais gloired'écïapper au jugement des hommes à la faveur d'une muraille ou de quelque adroit artifice, sois convaincu que nos torts véritables ne sont point cachés pour Celui qui nous reproche même les torts imaginaires que nous prêtons aux autres. Si tu crains tant l'opinion d'un de tes semblables, qui peut-être ne redoute pas moins la tienne ; respecte donc beaucoup plus des témoins qui ont bien plus de haine pour l'iniquité, et d'horreur pour la corruption. Enfin, si tu ne crains pas Dieu, et si tu ne redoutes que les regards des hommes, souviens-toi que Jésus- Christ, étant homme lui-même, ne peut pas ignorer ce que les hommes font, afin que, retenu par un tel souvenir, ce que tu n'oserais te permettre devant moi, tu oses beaucoup moins le faire devant lui; et que ces actions défendues que tu ne voudrais pas commettre sous les yeux d'un des serviteurs, tu saches, sous les regards du maître, t'en interdire jusqu'à la pensée.

34. D'ailleurs, si tu crains plus l'œil de la chair que le glaive vengeur qui peut dévorer la chair elle-même , ce que tu appréhendes doit aussi t'arriver, et tu éprouveras le malheur que tu redoutes. // n'y a rien de caché qui ne doive être découvert, ni rien de secret qui ne doive être divulgué*. Les œuvres de ténèbres, étalées au grand jour, seront confondues par la lumière ; et non-seulement les infâmes secrets de rimpudicité, mais les sacrilèges trufics de ceux qui vendent les choses saintes, mais les obscures détractions de ceux qui inventent des calomnies et qui égarent la justice, tout cela sera rendu visible à tous, par Celui qui sait toutes choses ; alors que ce Juge suprême qui sonde les cœurs et les reins viendra examiner Jérusalem à la lueur des clartés éternelles ••

* I. Cor., IV, 3 et i.— « Luc, xii, 2.— * Soplion , ii, i2.

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