‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 170 sur 385 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

CEUX QUI TRAVAILLENT A SE CONVERTIR 60NT TENTÉS PLUS VIOLEUMENT PAR LEURS ANCIENS VICES, CE QUI POURRAIT ENTRAÎNER LEUR RJOINB. LE MOYEN DE LA PRÉVENIR EST UNE SALUTAIRE DOULEUR.

40. Ce sont de telles réflexions et d'autres de même nature, que la raison suggère à la volonté, et cela avec d'autant plus d'abondance qu'elle est plus éclairée par les lumières de l'esprit. Heureux celui dont la volonté se montrera docile et se rendra si bien aux conseils de la raison, qu'après avoir conçu dans la crainte, elle soit fécondée par les divines promesses, et enfante les désirs du salut. Mais peut-être la volonté se montrera rebelle et obstinée, et non -seulement pleine d'impatience, mais plus perverse après les bons conseils, plus intraitable après les menaces, plus irritée après de doux ménagements. Peut-être arrivera-t-il que, loin d'être touchée des avertissements de la raison, exaspérée, au contraire, et furieuse, elle réponde en s'écriant : a J usques à q uand exercerez- vous ma patience ? « Vos sermons ne font rien sur moi. Vous êtes, a je le sais, de rusés personnages : mais toute « votre adresse ne peut m'en imposer ». Peutêtre aussi, qu'appelant tous les sens à son aide, elle leur enjoindra d'être plus que jamais soumis à ses coupables habitudes, esclaves de sa dépravation. C'est bien là, véritablement, ce que nous montre tous les jours l'expérience : ceux qui songent à se convertir, sont plus vivement tourmentés par la concupiscence de la chair; ceux qui veulent fuir de l'Egypte et secouer le joug de Piiaraon, sont accablés d'une plus forte charge et de boue et de briques.

41. Fasse le ciel que celui qui en est là, se sauve de l'im piété, et qu'il sache éviter ce gouffre épouvantable, dont il est parlé dans l'Écriture : Quand C impie est tombé dans V abîme de la perversité^ il na que du mépris pour toutes choses * 1 Un tel mal, en effet, ne peut être guéri que par un remède énergique; et le malade courra les plus grands risques, s'il n'apporte un soin scrupuleux à suivre les conseils du médecin, et à observer ses ordonnances. Pour lui l'épreuve est violente, et voisine du désespoir ; à moins que, recueillant toute sa sensibilité, il

* Prov., XViil, 3. — Ll Vulgatc porte . pcccalorum.

SERMON

ne la tourne vers sa pauvre âme, dont il voit le triste et lamentable état ; et qu'une voix d'en-Haut ne dise à son oreille : Bienheureux ceux qui pleurent^ parce qu'iU seront consolés *.

42. Qu'il pleure donc abondamment, car le moment de pleurer est venu, et il y a ici assez de motifs pour des larmes continuelles. Qu'il pleure, mais non sans amour, non sans espérer de consolation.Qu'il considère qu'il ne saurait trouver nul repos en lui-même, mais que tout n'est en lui que misère et désolation. Qu'il considère qu'il n*est pas dans la chair de bonheur véritable, mais que, dans ce monde pervers, il n'y a que vanité et affliction d'esprit. Qu'il considère, dis-je, qu'il ne rencontre de consolation ni au-dedans de lui-même, ni «lutour de lui, ni au-dessous de lui; afm d'apprendre ainsi, du moins, qu'il doit la demander l)lus liaut, que c'est d'en-Haut qu'il faut l'attendre. Qu'il pleure cependant encore, et qu'il exhale ses douleurs ; que ses yeux deviennent des sources de larmes : qu'il n'y ait plus de repos pour ses paupières. C'est par les larmes, en efret,quese purifie Fœil obscurci de nuages, et que la vue se fortifie, pour soutenir Téclat des célestes clartés.

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