CHAPITRE XII
COMMENT IL FAUT AMENER DOUCEMENT LA VO- LONTÉ A AIMER ET A DÉSIRER LES RIENS CÉ- LESTES.
43. Cela fait, qu'il commence enfin à regarder le ciel par une étroite ouverture, qu'il porte ses regards au loin à travers les grilles de sa prison ; qu'il poursuive d'un œil d^amour le rayon protecteur ; et que, fidèle imitateur des Mages, il cherche la lumière en suivant la lumière. Car de la sorte il trouvera cette tente mystérieuse, où il est donné à l'homme de manger le pain des Anges ; il trouvera ce paradis de délices que le Seigneur a planté de ses mains, ce parterre embelli des plus aimables fleurs, où Ton respire une fraîcheur charmante; et il dira: « 0 si ma malheureuse « volonté pouvait entendre ma voix ! si elle « venait voir ce fortuné séjour, visiter ce lieu «de délices!.. Oui, c'est ici, n'en doutons « [)as, qu'elle trouvera le repos, et qu'elle ces- « sera de me tourmenter, n'étant plus toura menlée elle-même. Car il n'est pas menteur « celui qui a dit : Prenez mon joug sur vos 0 (}fiaulcs^ et vous trouverez le repos de vos âmes * »•
» Mallli., V, 5. — « tOi(l.,XL 20.
44. Sur la foi de cette divine promesse, qu'îi fasse entendre un doux langage à sa volonté courroucée ; et, prenant un air enjoué, qu'il l'aborde , et lui dise d'un ton affectueux : «Cesse, cesse de t'indigner. Assurément, ce. 0 n'est pas moi qui pourrais chercher à te c( nuire. Mon corps t'appartient; je t'appartiens « moi-même : tu n'as nul lieu de craindre, c( nul lieu de t'alarmer». Il ne devra pourtant pas s'étonner quand la volonté continuerait encore de lui répondre avec aigreur, comme, par exemple, si elle lui dit : « Je vois que tes « méditations perpétuelles ont fini par te rendre a fou » . Qu'il essuie sans se troubler cette boutade, et qu'il n'ait pas l'air d'y faire attention, jusqu'à ce que, dans le cours de l'entretien, changeant adroitement de propos, il trouve enfin l'occasion de lui dire: v J'ai aujourd'hui « rencontré sur mes pas le plus beau des jar- « dins, le plus agréable de tous les séjours. Ce G serait là pour nous une excellente demeure, a Car enfin, c'est pour vous un sort bien malcc heureux, que d'être toujours étendue sur ce « lit de douleurs, où les maladies vous assié- « gent ; et d'y rester en proie à de cuisants « chagrins ». Le Seigneur viendra au secours de celui qui le cherche, d'une ame qui espère en lui ; il exaucera ses vœux suppliants, et donnera l'efficacité à ses paroles. La volonté sentira s'éveiller son désir ; et non-seulement elle voudra voir ce lieu délectable, mais insensiblement elle demandera d'y être admise, et même d'y fixer sa demeure.