CHAPITRE XIII
SOULAGEMENT QUE TROUVE UN PÉCHEUR CONVERTI^ DANS LA DOUCELR ET LES DÉLICES D'UNE VIE PIEUSE ET SAINTE.
45. Et gardez-vous de prendre pour un lieu matériel ce paradis des délices intérieures. Ce ne sont point nos pieds, mais nos affections, qui nous conduisent dans ce jardin mystique. 11 ne vous charme point par ce grand nombre d'arbres dont se couvre la terre, mais par ces doux et beaux ombrages dont le décorent les vertus. Mystérieuse solitude, où, d'une fontaine secrète, s'épanchent quatre clairs ruisseaux; où quatre vertus dilférentes prennent en même temps leur cours à la source de la sagesse. Là fleurissent des lis d'un merveilleux éclat ; et tandis que les fleurs étalent leur parure, la tourterelle fait entendre sa voix. L^ 8*exhalc en [Kirfuins exquis le nard dont s'cin-
ou LIVRE DE LA CONVERSION.
baume l'Épouse, et croissent à Tenvi les autres aromates, au souffle des zéphirs, et loin des aquilons. Là, s'élèye, au milieu, Farbre de vie, ce pommier des Cantiques *, le plus bel arbre des forêts, dont Fombre rafraîchit TÉpouse, et dont les fruits charment sa bouche. Là, l'œil du cœur reçoit les doux rayons de la pureté sans tache et de la véritc sans fard, tandis que son oreille est récréée et réjouie par les ineffables accents du divin consolateur des âmes. Là, l'espérance respire en quelque sorte Tagréable odeur de ces champs fertiles que le Seigneur a comblés de ses dons. Là, Ton goûte d'avance avec une sainte avidité les délices incomparables de l'amour; et, désormais délivrée des ronces et des épines qui la déchiraient, rame, que la bonté divine inonde de son onction, goûte les douceurs du repos au sein d'une bonne conscience.
46. Et de tels biens ne comptent point parmi les récompenses de l'éternelle vie, mais ils font partie du salaire que tout soldat du Christ reçoit dès celle-ci : ils n'appartiennent pas à l'Église du ciel, mais à l'Église de la terre. Car, c'est là ce centuple qu'obtiennent dès ce monde ceux qui ont méprisé le monde*. N'attendez pas que mes discours vous en fassent sentir le prix : c'est l'Esprit seul qui le révèle. Vous espérez en vain l'apprendre dans les livres : cherchez plutôt à l'éprouver. Une telle science est peu connue de l'homme : il en faut sonder les secrets. Les félicités de la terre ne peuvent donner ce bonheur, puisque c'est le bonheur de Dieu ; et, à moins de l'avoir goûté, vous ne pouvez point le connaître. GoûteZ'le, nous dit-il lui-même, et voyez corn" bien le Seigneur est doux *. C'est une manne cachée ^ ; c'est un don ineffable, et que tout homme ignore, hormis celui qui la reçoit. Ce n'est pas l'étude, mais la grâce, qui vous donne cette lumière ; ce n'est pas la science, mais la conscience qui la saisit pour en jouir. C'est le trésor sacré, ce sont les perles de l'Évangile; et le divin Maître n'en fera point ce qu'il nous a défendu d'en faire, lui qui commença le premier de pratiquer en instruisant. En effet, il ne regarde plus comme des chiens ou des pourceaux ceux qui renoncent à leurs crimes et à leurs abominations passées, puisqu'il va même jusqu'à les consoler, en leur disant par la bouche de l'Apôtre : Vous avez été tout cela: fnais vous êtes purifiés^ mais vous êtes sanctifiés * ». Seulement que le chien prenne
• Canl., n,3. — « Mattta., xi.x, 29. — » P». LXixni, ». — * Mu(Ui.y vil. 6. — • I. Cor., vi. 11.
garde de retourner a son vomissement, et que le pourceau se préserve de se replonger dans la boue.