Cependant,une fois la volonté changée, et
* Eccli , XXIV, 29. — • Malt , v, 6.
le corps réduit en servitude ; quand la source du mal est à peu près tarie, et qu'on lui a fermé tout accès ; il reste encore à faire une troisième chose, qui n'est pas la moins difficile : c'est de purifier la mémoire, et de nettoyer ce cloaque infect. Comment, en effet, effacer de ma mémoire l'histoire de ma vie ? L'encre a déjà peut-être pénétré d'outre en outre dans ce mince et frêle tissu : par quel art désormais en enlever l'empreinte? Elle ne s'est pas arrêtée à la superficie, mais elle a coloré toute répaisseur. Je m'efforcerais vainement de l'en faire disparaître : on détruit plutôt le papier, que d'effacer des caractères incorporés à sa substance. Et voilà comment, en effet, l'oubli pourrait aller jusqu'à détruire la mémoire elle-même ; dans le cas, par exemple, où, venant à perdre l'esprit, on ne conserverait plus aucun souvenir de ses propres actions.
53. Mais pour que la mémoire reste entière,et que ses taches disparaissent, quel instrument, enfin, faudra-t-il employer? Nul autre que cette parole pleine de vie et d'efficacité, et plus pénétrante qu'un glaive à deux tranchants : Tes péchés te sont remis *. Que le Pharisien murmure, et qu'il dise : Mais qui peut remettre les péchés, que Dieu seul*? Celui qui me les adresse, ces paroles, c'est Dieu lui-même ; et nul autre ne pourra se comparer à lui, qui a découvert toutes les voies de la sagesse, et qui les a montrées à Jacob son fils, et à Israël son bien-aimé ; qui, plus tard, s'est fait voir lui-même 8ur la terre, et a conversé parmi les hommes •. C'est sa miséricorde qui efface le péché, non pas sans doute afin que la mémoire en perde le souvenir, mais afin que ce souvenir dont elle était précédemment souillée, puisse lui rester désormais sans altérer en rien sa pureté.
54. Et, en effet, nous nous rappelons en ce moment beaucoup de péchés que nous savons avoir été commis, ou par nous-mêmes, ou par nos frères. Mais les nôtres nous souillent, ceux d'autrui ne sauraient nous nuire. D'où vient cela, si ce n'est que les nôtnes nous fontrougir pour nous-mêmes, que nous tremblons qu'ils ne nous soient personnellement imputés?Otez la réprobation,ôte2 lacrainte,ôtez la confusion, qui disparaissent, en effet, par l'entière rémission de nos crimes : et non-seulement ces crimes ne nous feront plus d'obstacle, mais même ils nous seront en aide pour opérer le bien ; et nous nous répandrons en mille actions de grâces envers le Dieu cf ui les a pardonnés.
« Marc, II, 5.— « !bid., 7. — » Barucli, iir,30, 37, 38.
ou LIVRE DE LA CONVERSION.