CHAPITRE XVIL
ON DOIT TRAVAILLER SANS RELACHE A PURIFKR LES YEUX tE SON AME, POUR POUVOIR lOlilR DE LA VUE DE DIEU.
59. Bienheureux ceux qui ont ie cœur pur ^ parce guils verront Dieu '. C'est là une grande promesse, mes frères, et digne de fixer tous ks désirs de notre cœur. Car une telle vision est la confirmation de nos espérances, ainsi que l'a dit l'apôtre saint Jean : Nous sommes dès ce monde enfants de Dieu ; mais nous n^avotès pu connaître encore ce que nous serons un jour. Nous savons que lorsqu'il paraîtra visiblement^ nous serons sem^ blables à lui ; parce que nous le verrons tel qu'il est *. Cette vision de Dieu, c'est la vie éternelle, selon que l'enseigne dans l'Évangile la Vérité elle-même : La vie étemelle^ c'est de vous ertmnaîtrCy vous qui êtes le seul vrai Dim, et d^ ton» naîtfe Jésus-Christ que txms avez envoyé *•
60. C'est une horrible tache dans Toeil de notre &me, que celle qui nous prive d'une telle vision; et c'est de notre part une détestable indifférence, que de ne pas chercher à y porter remède. Car, ainsi que l'usage de la vue corporelle nous est interdit quelquefois ou par un vice intérieur de l'organe, ou par l'effet de la poussière qui vient s'y jeter du dehors; de même la vue spirituelle peut être offusquée à son tour, tantôt par les plaisirs charnels, tantôt par les dissipations et les vains intérêts du monde. C'est ce que nous apprenons aussi bien de notre propre expérience que du témoignage des saints Livres, où il est écrit : Notre corps sujet à la cùmtqttton arrête l'élan de notre âme ; en même temps que le séjour de la terre affaisse notre esprit^ et gêne Vessor de ses pensées *. Mais ce qui, dans l'un et l'autre cas^ émousse et obscurcit l'œil de notre âme, c'est uniquement le péché; et il me semble qu'il n'y a point d'autre ob« stacle entre cet œil et la lumière, entrel'homnie et Dieu. Aussi longtemps, en effet, que nous habitons ce corps terrestre, nous vivons éloignés de Dieu. Certes, ee n'est pas la faute de
« MaUh., V, 8.— • Ibid., t, 8.— « Jean, in, 2— ^lùid , ZYU, 3. — * Sagesse, u, 15.
SERMON
uotre corps, je veux dire de ce corps mortel dont nous sommes reyétus ; mais cela vient plutôt de ce que notre cbair est un véritable corps de péché, où ne réside point le bien, mais où la loi du péché domine.
61. 11 arrive cependant parfois que l'œil du corps, bien que débarrassé par la main ou par le souffle du brin de paille qui l'aveuglait, paraît quelque temps obscurci. La même chose arrive assez souvent aussi, pour l'œil intérieur, dans l'homme dont l'esprit médite. Ce n'est pas quand on vient de retirer le fer, qu'une blessure est à l'instant guérie ; mais il faut commencer alors de donner des soins à la plaie, et de travailler à sa guérison. Que nul ne s'imagine donc qu'en se débarrassant de ses vieilles souillures, il soit incontinent puriflé : mais qu'il sache bien, au contraire, qu'il a besoin dans ce moment de fréquentes purifications: et que ce n'est pas avec l'eau seulement qu'il doit laver ses plai(*s, mais qu'il doit employer encore la purification et l'épreuve du feu, pour pouvoir dire avec le Prophète : Nous sommes passés par l'eau et par le feu^ et tu nous a conduits au séjour du repos '.
62. Bienheureux donc ceux gui ont le cœur pur^ parce quUls verront Dieu, Dans cette vie, sans doute, il ne se montre à nous que comme en un miroir et à travers une énigme : mais plus tard nous le verrons face à face ' ; et ce sera lorsque notre visage aura été lavé de toute impureté, afin que Dieu l'admette devant lui dans la gloire, n'ayant plus ni tache ni ride.