CHAPITRE XVllI
LES HOMMES PACIFIQUES SONT DIGNES DE JOUIR DE LA BÉATITUDE ET DE PORTER LE NOM D'EN- FANTS DE DIEU.
63. En cet endroit, la voix divine s'empresse d'ajouter, avec juste raison : Bienheureux les hommes pacifiques^ parce qu*Hs seront appelés enfants de Dieu '. Tel homme, en effet, est paisiùle; et c'est celui qui, rendant le bien pour le bien, fait tout ce qui dépend de lui pour ne jamais nuire à personne. Tel autre est patient; et c'est celui qui, s'abstenant de rendre le mal pour le mal, supporte même sans se plaindre celui dont il est maltraité. Tel autre enfin est pacifique; et c'est celui qui, rendant le bien pour le mal, s'empresse même d'obliger celui qui lui cause du dommage. Le premier est encore un enfant, qui peut faillir au moindre
» Pi Lxv, «2. — « I Cor., XIII, 12.— » Malih., v, •.
scandale ; et dans ce siècle pervers où le scandale abonde, il n'est pas facile à un tel homme d'obtenir le salut. Le second, selon la parole de l'Écriture, possède son âme dans la patience ^ Pour le troisième, non-seulement il possède son âme, mais encore il gagne beaucoup d'âmes à Dieu.
64. Le premier, autant qu'il est en lui , jouit de la paix. Le second la conserve. Le troisième la fait naître. C'est donc avec justice que le Sauveur des hommes appelle ce dernier à la béatitude en lui donnant le nom de fils ; puisqu'il a rempli les devoirs d'un fils, et qu'après avoii été réconcilié lui-même, il témoigne sa gratitude en réconciliant aussi les autres avec son père. Et véritablement, celui qui s'est montré bon serviteur, doit obtenir par cela même une condition favorable; or, il n'y a pas, sans doute, dans la maison du père, de condition meilleure que celle de son fils : car ceux qui sont ses fils, sont aussi ses héritiers ; c^est-à-dire, héritiers de Dieu, et cohéritiers de Jésus-Christ * ; de telle sorte, comme ce divin Maître nous l'apprend, que là où il se trouve lui-même, se trouve aussi son serviteur *.
65. Hais je vous ai fatigués par la longueur de ce discours, et je vous ai retenus plus qu'il ne convenait. Aussi suis-je averti de finir, sinon par votre silence discret,.du moins par l'heure avancée. Toutefois, rappelez-vous l'exemple de l'Apôtre, qui, comme vous le lisez dans les saints Livres, prolongeait quelquefois sa prédication jusque vers le milieu de la nuit. Puissiez -vous donc, pour me servir de ses propres paroles, supporter quelques m'/ments encore C excès de mon zèlel car j'ai pour vous un amour jaloux^ comme celui de Dieu lui-même *.