AUX MOINES DE CHARTRES SUR LE TRAITÉ SUIVANT
Comment me tairais-je ? et pourtant de quel front oseraîs-je parler ? Vos lettres et vos messages réitérés me mettent dans la nécessité ou de montrer mon impéritie, ou de refuser un devoir de charité. Mais je préfère manquer de la science qui enfle plutôt que de la charité qui édifie : vaincu par vos prières, je mets en des nœuds difficiles mes doigts délicats, uniquement pour les y user, je le crains bien. Mais ceci est inutile : car, comme vous me le répétez , mes écrits et mes discours sont une réfutation de mes excuses. Comment puis-je alléguer même l'impossibilité, à vous qui croyez être assurés par mes paroles et mes
sentiments, de ma capacité en ces matières? Sur votre foi donc, et non sur celle de mon génie, j'entre dans cet abîme de questions, sans savoir, Dieu m'en est témoin, par où j'en sortirai. J'aurai avec moi la charité : fasse le ciel que j'aie également la vérité 1 sinon excusez-moi sur mon insuffisance : du moins vous n'accuserez pas ma bonne volonté. J'essaierai de résoudre ces petites questions, avec la brièveté qu'on met en une lettre, bien que ma lettre ne soit pas courte. Vous ne serez pas surpris si je suis un peu long, puisque vousmêmes, vous avez consacré à poser vos ques-' tions deux lettres qui ne sont pas courtes.