OU DES CONSEILS
1. La première question concerne notre règle qui, si je ne me trompe, a donné naissance à presque toutes les autres. Vous me demandez quel jugement doivent porter de cette institution régulière ceux qui vivent sous elle : si tous les points qu'elle contient sont des préceptes qui rendent coupables ceux qui les enseignent, ou s'ils sont simplement des conseils, des avis , dont la pratique n'est pas de grand prix, si même elle en a quelqu'un, et dont la violation n'emporte pas une faute grave ; s'il est des points à ranger parmi les préceptes inviolables, et d'autres à regarder comme conseils, qu'il est permis de transgresser. Dans ce dernier cas, vous demandez que je fixe des limites certaines entre le précepte et le conseil, pour empêcher chacun de s'égarer au gré de ses appréciations, d'ôter de sa coupe un moucheron et d'avaler un chameau, dans l'ignorance où il est de l'importance de chaque observance régulière. C'est bien là, je crois, le sens de vos questions, si ce ne sont pas vos paroles. Quant à ce qui suit et à ces autres questions concernant l'obéissance, ses degrés et ses bornes, tout cela se rapporte à la même division, puisque l'obéissance est le point important des ordonnances régulières, et je crois qu'en répondant aux premières questions, j'aurai sufûsanmient éclairci les doutes relatifs aux autres.
2. Mon sentiment est que la règle de saint Benoit est proposée à tous, et n'est imposée à personne. Elle est utile à ceux qui l'acceptent et l'observent dévotement. Elle ne nuit pas, si on ne la prend pas.\Mais ce qui est dans la volonté de celui qui prend cette règle, n'est pas dans la volonté qui la propose,/et c'est ce que j'appelle volontaire et non pas nécessaire. Cependant, si quelqu'un de sa propre volonté accepte ce que je nomme ici volontaire et promet de l'observer, il le rend nécessaire pour lui ; et il n'est plus libre de renoncer à un fardeau dont il était bien libre de ne pas se charger. 11 observera donc, par nécessité, ce qu'il a pris par un libre choix : car c'est une nécessité d'accomplir les vœux que les lèvres ont formulés, et d'être dès lors ou condamné, ou justifié par sa propre bouche. Heureuse, du reste, comme dit un saint, heureuse nécessité que celle qui nous contraint au plus parfait*. Tous les règlements de saint Benoît (à Texception de certaines prescriptions spirituelles, comme par exemple la charité, l'humilité, la douceur, venues plutôt de Dieu que de lui, et que leur origine rend immuables), tous les règlements, dis-je, pour ceux qui n'ont pas fait profession, sont de purs avis, de simples conseils, dont l'inobservation n'est nullement coupable : mais ce sont des préceptes pour ceux qui ont fait profession, et des péchés pour ceux qui les transgressent; en sorte que (pour em|)loyer votre langage) on doit les regarder comme volontaires pour les premiers, et nécessaires et en quelque sorte naturels pour les
* s. Angasl., lettre 127.
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