CHAPITRE III
DANS LA LOI DIVINE LA DISPENSE EST EÉSERVÉB A DIEU. LA LOI ÉTERNELLE EST IMMUABLE MÊA(E POUR DIEU.
6. Par le nécessaire que j'ai appelé immuable, j'entends ce qui ne vient pas des hommes, qui a été divinement promulgué, et qui ne peut être changé que par Dieu son auteur, comme par exemple : Vous ne tuerez pas, vous ne commettrez pas d'adultère^ vous ne voletiez pas ^ et les autres lois de cette table. Bien que ces lois n'admettent aucune dispense humaine, qu'il n'ait jamais été permis, qu'il ne le sera jamais à un homme de les enfreindre, le Seigneur en a levé l'obligation dans les circonstances et la mesure où il l'a voulu, soit en ordonnant aux Hébreux de dépouiller les Égyptiens *, soit en prescrivant à Osée de s'unir
^ Exod., XX, 13, 15.—* Exod., m, 22.
ET DE U DISPENSEE
à une femme impudique ^ .Comment ne pas voir dans Tune de ces actions un vol criminel, dans l'autre un péché honteux, si l'autorité de Celui qui les commanda n'était une excuse? Si rÉcriture nous montre en de saints personnages des traits analogues, sans faire mention d'un ordre de Dieu, il faut avouer qu'ils ont péché, succombant à la faiblesse humaine, ou qu'en leur qualité de prophètes ils avaient reçu du ciel un conseil intime. Je citerai l'exemple de Samson qui s'est tué avec ses ennemis. Si on soutient qu'en ce fait il n'y a pas de péché, il faut croire à une inspiration d'en- Haut, bien que l'Écriture n'en dise rien •.
7. Mais que veux-je donc dire par le nécessaire immuable ? Le voici ; j'entends ce qui est fondé sur la raison divine et éternelle, et que pour aucun motif. Dieu lui-même ne saurait changer. A cet ordre àe choses appartient toute la doctrine du sermon sur la montagne, et tout ce que l'Ancien et le Nouveau Testament contiennent d'enseignements spirituels sur la charité, l'humilité, la douceur et les autres vertus. Toutes ces choses sont de telle nature qu'il ne serait ni bon ni expédient qu'elles ne fussent pas. Leur immutabilité dérive de leur bonté naturelle ; et le com-
< Osée, I, S.
s Le saint Docteur prétend que rÈcritnre ne dit pas si l'acte de Samson fut le résultat d'une inspiration céleste : aucun texte ne le dit, en effet, positivement; on peut cependant Tindnire assez clairement de Fépttre aux Hébreux, zi. 32. Voici le sentiment d'Estios sur ce passage :< J'arrive à Samson, pour lequel saint Augustin répond au liv. i«% cbap. 21 et 22 de la Cité de Dieu ; il soutient qu'en se donnant la mort à lui-même et k ses ennemis écrasés avec lui sous les ruines d'un édifice, il a agi sons l'inspiration de l'Esprit-Saint, qui évidemment l'attestait en opérant par lui un miracle. 11 ne nous est pas permis d'avoir d'autre sentiment; car sa force lui fot rendue pour opérer ce prodige. Samson dit en effet : Seigneur mon Dieu, iouvenez-voui de moi, et rendez-moi ma forced'autrefois afin que je tire vengeance de mes ennemis (Juges. XYI, 28). La plupart des interprètes adoptent avec raison cette explication. Ce mot que fe me venge de mes ennemis, ne doit pas laisser penser que Samson voulût exercer une vengeance privée. L*ii\jure qu'il avait reçue était publique, elle s'adressait au Juge du peuple d'Israël, à celui qui combattait pour le sauver. Les railleries dont il était l'objet retombaient sur le Dieu d'Israël, au mépris duquel les Philistins rendaient à leurs dieux des actions de grâces pour la prise de Samson. Quand même on accorderait que la conduite de Samson ne fut pas un conseil d'en baut, François de la Victoire prétend, comme saint Bernard, qu'on n'y doit pas voir un péché : « Samson, dit-il, ne s'est pas tué avec l'intention de se tuer». 11 voulait écraser et perdre ses ennemis, ce qui entraîna sa propre mort, bien qu'il eût souhaité exécuter son projet sans y périr ; or ceci est permis, sans une nouvelle révélation. C'est ce qu'il confirme par l'exemple d'Eléazar(Mat.,ch. i, 6), que l'Ecriture semble louer, et à qui saint Ambroise a donné de magnifiques éloges (Offic.,liv. I, ch. 40)». fistius, /oc. et/., range Samson parmi les saints.
mandement qui les présent et Tobéissance qui les observe sont toujours saintes, toujours salutaires. En tout temps, en tout lieu, pour toute personne, leur mépris donne la mort, leur Qdèle observation conduit au salut. La première nécessité résulte donc d'une promesse volontaire, la seconde de l'autorité qui commande, et la troisième de la dignité du précepte.
8. Ces trois espèces de nécessités différent entre elles par quelques degrés, comme je l'ai déjà dit, et elles ne sont pas toutes également immuables. Ce qui résulte. de la première,san8 être totalement immuable, est à peine soumis à quelques changements permis aux supérieurs seuls, et encore doivent-ils y apporter du soin et de la prudence. Ce qui résulte de la seconde nécessité, plus impérieuse et presque immuable, nous avons montré qu'il appartenait à Dieu seul d'y changer quelque chose. Quant au résultat de la dernière nécessité, supérieure aux autres, l'immutabilité en est absolue pour Dieu lui-même. Appelons donc ce qu'il n'est au pouvoir de personne de modifier, j'excepte les supérieurs, le difflcilement muable : ce qui dépend de Dieu seul, le presque immuable, ce qui ne dépend même pas de Lui, l'immuable absolu.