LIVRE DU PRÉCEPTE
Pères : il doit veiller à Tobsenralion des préceptes et punir les vices. J'estime que ces saintes observances sont confiées à la prudence et à la fidélité des prélats, sans être assujetties à leurs caprices. C'est pourquoi le législateur, en remettant à l'abbé le droit de dispenser, n'a jamais employé, il m'en souvient, le mot de volonté, mais ceux de considération, disposition, prudence, jugement, ou autres semblables : il voulait qu'en dispensateur fidèle et sage, il suivit dans la concession des dispenses le jugement de la raison, et non les suggestions de sa volonté. Aussi prend-il soin de lui rappeler souvent qu'il rendra compte à Dieu de toutes ses décisions.
10. Je lis certainement dans la règle :« Que l'abbé considère ceci » ; j'y lis encore que ce point et cet autre sont remis à la prudence, à la disposition, à la décision de l'abbé *. Mais je n'ai pas souvenir d'y avoir trouvé qu'il puisse opérer des changements selon sa volonté; au contraire, il y est dit : a Que tous suivent, en toutes choses, la règle maîtresse, et que personne ne s'en écarte témérairement » : o personne » donc, pas même l'abbé, a Que tous suivent la règle maîtresse » : donc, que personne ne suive sa volonté, et ici il n'y a pas d'exception pour l'abbé. Vous le voyez, tout ce qui est accordé à la nécessité est ôté à la volonté. Mais quoi? la profession régulière, qui soumet un jeune religieux au prieur, atteintelle le prieur lui-même? Je crois que la nécessitéd'un engagement commun les assujettit tous deux, et que la promesse de l'un les rend à l'égard l'un de l'autre, tous deux redevables, l'un d'une vigilance fidèle, l'autre d'une humble obéissance. Que reste-t-il donc à la volonté quand le supérieur est tenu par la nécessité du devoir? Une autre barrière à la volonté du supérieur, c'est que le religieux qui fait profession promet bien l'obéissance, non une obéissance absolue, mais déterminée par la règle, et par la seule règle de saint Benoît. En sorte que le supérieur, au lieu de lâcher les rênes à sa volonté, doit se souvenir que la règle y a fixé des bornes, que son autorité est restreinte à ce qui est droit, et encore pas à tout ce qui l'est, mais à ce que notre Père a établi ou qui est conforme à son institution. Et voici la formule de la profession : « Je promets » non la règle a mais obéissance selon la règle de saint Benoit » , ce qui n'est pas selon la volonté du supérieur. Par conséquent, si quand j'ai fait profession selon cette règle, mon abbé
^ Règle de saint Dcnolt, ch. UL
veut m'im poser des choses qui ne sont ni selon la règle, ni selon l'esprit de la règle, par exemple, les prescriptions de saint Basile, de saint Augustin, de saint Pacôme, suis- je donc obligé d'obéir? On ne peut exiger de moi que ce que j'ai proniis.