CHAPITRE VI
LB RELIGIEUX DÉSIBSUX DE LA PEAFECTIOlf NB DOIT PAS RESTREINDRE SON OBÉISSANCE DANS LES BORNES DE SA PROFESSION.
12. Quant à l'inférieur, qu'il sacbe bien qu'une obéissance strictement renfermée dans les limites de son vœu est une obéissance imparfaite. La véritable obéissance ne se renferme pas ainsi dans les termes de la loi ; elle n'est pas ainsi bornée ; elle ne se contente pas des limites étroites de sa profession; elle n'en connaît point d'autres que la vaste étendue de la cbarité. Sans aucune considération, l'âme se porte d'elle-même avec ardeur et avec joie à tout ce qui lui est commandé, et elle fait consister en ce point toute sa liberté. C'est de cette obéissance dont parlait l'apôtre saint Pierre lorsqu'il disait : Rendez vos cœur$ chastes par l'obéissance de la charité * ; la discernant par là de cette obéissance basse et servile, qui, loin de se laisser mouvoir par la promptitude de la charité, ne cède qu'à la nécessité. Elle n'appartient qu'au juste, pour qui la loi n'a pas été faite *. Ce n'est pas que 1 homme parfait doive vivre sans loi, mais parce qu'obéissant à la loi, il n'est pas sous l'empire de la loi. Car il ne se contente pas des engagements de sa profession, mais sa ferveur le fait encore aller f)lus loin. Et qu'on ne croie pas qu'une pareille obéissance soit étrangère à la règle, puisqu'elle nous dit, que si l'on impose au frère quelque chose d'impossible, il doit^ en se confiant en Dieu, obéir ftor le motif de la charité*; et dans un autre endroit, nous lisons au troisième degré d'humilité, que le moine doit se soumettre à son Ancien^ en toute obéissance. Elle veut qu'en obéissant, nous ne nous contentions pas de la mesure de notre profession, que nous ne calculions pas retendue de nos promesses, et que nous ne pesions pas les termes de notre engagement; mais nous devons même aller avec joie au delà de nos vœux, et obéir en toutes choses. S'il y a quelque borne à l'obéissance, ce n'est que celle du temps. C'est-à-dire, que nous ne devons cesser d'obéir qu'en cessant de vivre; selon l'exemple que nous en a donné le Fils unique de Dieu, qui s'est fait obéissant à son Père jusqu'à la mort. D'où il faut conclure que jusqu'à ce que l'on soit parvenu à ce terme, tout manquement de soumission est une désobéissance, un péché, une transgression, une prévarication.
« I Pierre, i, 22. — • l Tim., i, 9. — » Règl. de S. Ben., uviii, 5.