LIVRE DU PRÉCEPTE
sont grands, puisqu'ils sont divins ; mais plus grave est celui qui concerne le vol. ^Qui ne voit, en effet, qu'à un Dieu la justice même, le voleur ou Tavare ne sauraient déplaire également? qu'entre deux maux, il supporte plus patiemment la passion qui garde son bien que celle qui ravit celui d'autrui, et que, par conséquent, la première est moins coupable que la seconde ?
45. De même encore, dans les commandements émanés des hommes vous trouverez rarement égalité, car les sentiments des supérieurs varient avec la nécessité ou Tutilité des choses qu'ils prescrivent, et aussi parce qu'ils désirent ou qu'ils exigent plus vivement l'observation des points qu'ils estiment plus parfaits ou plus importants. La qualité des ordres^ comme l'autorité de ceux qui les donnent, pose donc la borne de l'obéissance et détermine la culpabilité de la désobéissance ; plus l'autorité est imposante, plus ses injonctions sont utiles, plus on leur doit une soumission attentive, et plus aussi est grave le mépris qu'on en fait.
46. Ces distinctions établies, on découvre aisément la mesure de l'obéissance et la faute de la désobéissance. A l'aide de ces degrés, on sait discerner non-seulement entre le jour et la nuit, c'est-à-dire le bien de l'obéissance et le mal de l'insubordination, mais encore le jour et le jour, la nuit et la nuit, entre ce qui 6st bien et ce qui est mieux, entre ce qui est mal et ce qui est plus mal. C'est un degré excellent d'obéissance si on se soumet, selon la pensée de notre Mattre, dans la crainte de l'enfer, ou à cause de la profession sainte qu'on a embrassée ' ; mais c'est un degré meilleur si l'obéissance est inspirée par Tamour de Dieu. Le premier vient de la nécessité, le second de ht charité. Hais le degré le plus parfait consiste à exécuter une œuvre prescrite, dans la pensée qui l'a commandée. Car, comme l'intention qui exécute dépend de la volonté qui ordonne, le subordonné n'apporte pas un zèle extrême aux petites choses ou un faible empressement aux grandes (confusion assez ordinaire). Il sait estimer chaque commandement selon son importance et garder la mesure soit en observant ce qui est prescrit, soit en évitant ce qui est défendu. Non qu'il méprise les petites choses, mais il sait juger petit ce qui est petit, petit par comparaison à des points plus importants. L'obéissance humble et vraie, à l'aide d'une sorte de saveur pieuse et pure, sait et ne pas
* Règle de S. Uen., ch. v.
négliger les moindres choses et traiter sérieusement les grandes, et aux ordonnances du supérieur, elle semble par ses actes répondre avec le Prophète: Vous avez prescrit de garder soigneusement votre commandement '. Le Prophète ne dit pas tous vos commandements. Il faut donc entendre ici ces préceptes dont la violation entraîne nécessairement une grande faute et aussi un grand châtiment, comme, par exemple : Vous ne tuerez pas^ et les autres de ce genre. L'observation n'en peut jamais être injuste ni mauvaise, ni la transgression rendue bonne ou licite par une dispense au moins humaine.