‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 196 sur 385 · IL FAUT OBÉIR A SON SUPÉRIEUR GOMME A DIEU · texte numérisé non relu

IL FAUT OBÉIR A SON SUPÉRIEUR GOMME A DIEU

49. Il n'en est pas ainsi des supérieurs. Que Dieu lui-même ou un homme son vicaire porte une loi, il faut l'accepter avec le même respect et s'y conformer avec le même soin, si toutefois la loi de l'homme iie contredit pas la loi de Dieu. S'il en était ainsi, selon l'avis de saint Pierre, on doit obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes *, ou répondre avec les apôtres ces paroles adressées aux Pharisiens : Pourquoi transgressez^vous l'ordre de Dieu avec vos traditions ' ? Si le maître humain se plaint qu'on lui préfère celui qui enseigne la science, consolezle avec cette maxime de Samuel, à l'aide de laquelle il discerne entre la lèpre et la lèpre : Si Vhomme pèche contre un hommcj Dieu pourra

* Malth., 111,36. — « Act , v, 29. — » Mallh., xv, 3.

lui être propice^ mais s'il pèche contre Dieu^ qui priera pour lui *? Si donc je me trouve dans l'alternative nécessaire d'offenser Dieu ou un homme, je n'hésite pas, et je prends le parti plus juste et plus sûr de n'offenser pas Dieu. Et le passage de TÉcriture que je viens de citer me console précisément d'avoir blessé un homme, puisqu'il^ me laisse espérer que Dieu me sera propice. Mais, Dieu offensé, qui priera pour moi ? Chercher un refuge dans un homme, c'est ce que l'Écriture ne me conseille pas ; loin de là : Maudit, s'écrie-t-elle, celui qui met son espoir dans t homme *. Ce qui est juste. Hais s'il pèche contre Dieu, par considération pour un homme, qui donc priera pour lui ? Per* sonne, puisque Dieu, objet de l'offense, a éga*" lement eu horreur et la prière de celui qui l'outrage, et la prière de celui en vue de qui il est outragé. H faut chercher une prière ca-, pable d'apaiser. Or, la faute (si c'en est une)») que l'on commet en offensant l'homme .par un refus d'obéissance, est bien diminuée sinon annulée par le motif supérieur qui l'inspire. C'est pourquoi, dans ce texte : Si l'homme, pèche contre un autre homme, il faut sous-en« tendre à cause de Dieu; car l'offense faite au prochain, et surtout à notre supérieur, n'es! jamais excusable, à moins que Dieu ne soit en cause. Autrement, nous irions, contre le sentiment de saint Paul, lorsqu'il dit : En péchant ainsi contre votre frère, vous péchez contre le Christ '. Car, lorsqu'il s'agit des supérieurs, nous avons ce témoignage positif de la Vérité qui leur dit : Celui qui vous écoute m'écoute, celui qui vous méprise me méprise ^ ; et il est écrit d'un frère quel qu'il soit : Ne méprisez pas un de cet. petits.... celui qui scandaliseraun de ces petits ^..,^ Que Dieu éloigne de nous ce qui suit.

20. Tous les scandales ne sont pas égaux : autres sont les scandales des faibles, autres ceux des Pharisiens, à propos desquels il fut répondu aux Apôtres qui les craignaient et rapportaient que les docteurs étaient scandalisés des paroles de la Vérité : Laissez-les, ce sont des aveugles qui servent de guides d des aveugles*. Le scandale des premiers nait de l'igno* rance ; celui des seconds, de la malice. Ceux-ci se scandalisent, parce qu'ils haïssent la vérité ; ceux-là parce qu'ils ne la connaissent pas. On les appelle petits, je crois, parce que leur volonté est bonne, mais leur science étroite^ et qu'ils sont animés d'un zèle peu. éclairé. Ces sortes de scandales excitent plutôt la sollicitude

* l Rois, il, 35. — « Jérém., xvii, 5 — * I Cor., viii, 12. — *Luc, x, 16.— » Matth., xviij, 10,6 — • Ibid,, xv,14

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