CHAPITRE X
l'obéissance n'est pénible et lourde, qu'aux
ARMES imparfaites, CONTRAINTES, CHARNELLES: AUX AUTRES ELLE EST DOUCE ET AISÉE.
23. Je ne conteste pas la difficulté d'une aussi grande perfection ; mais c'est une présomption au cœur imparfait d'y prétendre. Or l'indice d'un cœur impaiiait et d'une volonté infirme, c'est de discuter les règles établies
i Malach., u, 7.
ET DE LA DISPENSE
par les anciens, d'épiloguer sur chaque détail, de demander raison de tout, de soupçonner sous chaque précepte quelque piège caché ; de ne se décidera obéir qu'aux ordres qui plaisent, ou à ceux dont une raison péremptoire, une autorité indiscutable ont montré la nécessité ou l'utilité. Or, c'est là une obéissance assez délicate et importune : ce n'est pas cette soumission « sans retard ' » que la règle nous recommande. Ceci s'appelle plutôt chicanes d'un cœur rusé, qu'obéissance simple et docile; une flme ainsi charnelle est nécessairement écrasée sous le poids de sa présomptueuse perfection; et une chair infirme est incapable de porter ce joug dont l'esprit docile goûte seul la douceur et la suavité. Car le joug de Jésus-Christ est un fardeau et un fardeau intolérable à qui n'a pas l'esprit de Jésus-Christ. Vous serez dans le vrai en soutenant que pour de telles finies la règle est survenue pour donner lieu à la surabondance du péché. Hais ceci n'est ni la faute de la loi, ni celle du législateur; c'est celle de celui qui s'y est assujetti sans prudence et dont l'impiété la transgresse. La loi est sainte et juste : c'est vous qui êtes charnel et vendu au péché '. Mais il vous fallait prévoir cela, et, avant de jeter les fondements de cette tour évnngélique, vous asseoir, et vous demander si vous aviez les ressources nécessaires à son achèvement. Maintenant, il ne vous reste d'autre parti à prendre qu'à vous corriger et à vous soumettre aux anciens, sous peine d'être couvert de confusion et de vous entendre dire: Cet homme a commencé à édifier; mais il n'a pu achever sa construction •.
24. Mais vous me direz peut-être : Trouvet-on des religieux qui poussent la perfection jusqu'à n'oublier jamais aucun de ces petits et miitutieux détails ordonnés souvent par des supéreurs négligents? Je n'irai pas jusqu'à reconnaître à personne un pareil privilège, quand les Apôtres disent d'eux-mêmes : D/ous péchons en beaucoup de choses * ; Si nous prétendons être sans péché ^ nous nous séduisons nousmêmes *. Mais cette négligence n'est pas immédiatement mortelle, surtout quand l'Écriture nous donne cette consolation : Si quelqu'un pèche^ nous avons pour avocat Jésus Christ le juste ; et il est propitiation pour mon péché *. Et le prophète nous atteste qu'il a prié pour les transgresseurs afin qu'ils ne périssent pas*. En quoi il convient de remarquer que s'il a prié
* Règl. de S. Ben., ch. v.— * Rom., vir, 12, 14.— » Luc, XIV, 2d, 30. — * Jacq., III, S.— * 1 Jean, i, 8.— * llfùi., U, 1, 2.— ''l8aîe,Liii,12.
pour les transgresseurs de la loi, on ne lit pas qu'il l'ait fait pour les contempteurs. Comment pourraient donc périr ceux dont la prière du Sauveur a conjuré la perte? Je ne vois donc pas la raison qui vous porterait à exagérer la violation des moindres préceptes et à vous écrier : Quel pcché serait véniel ou léger pour un moine, quand chacune de ses actions est menacée du crime de désobéissance ? Ce qui autorise votre opinion, c'est la conviction où vous êtes que les ordres des supérieurs méritent les mêmes égards que les injonctions du ciel même : comme si entre les préceptes évangéliques il n'y avait pas de différence, soit quant au mérite, quand on les observe, soit quant au danger, quand on les transgresse.