CHAPITRE XIV
d'ou vient que la conscience erronée ne convertit pas le mal en bien, comme le bien en mal.
35. n faut maintenant que je réponde à une petite difficulté que vous m'avez faite au sujet du précédent passage de l'Apôtre. Vous me demandez donc si cette sentence de saint Paul, touchant les viandes immolées aux idoles : Je crois qu'il n'y a rien d^ impur en Jésus-Christ que pour celui qui croit qu'il y a quelque chose d'im» pur * ; et cette autre : SHl en mangCy il se damne, parce qu'il n'agit pas selon sa conscience ' ; vous me demandez, dis-je, si ces deux sentences peuvent servir de règle générale, en sorte que les bonnes actions deviennent mauvaises à celui qui les croit mauvaises, et qu'elles soient mauvaises au degré où il les croit telles. Si je vous accorde ceci, vous continuez de me demander pourquoi, au contraire, les bonnes actions que nous faisons ne sont pas aussi bonnes que nous le croyons, quoique fausse^ ment. Car vous trouvez étrange, ou même injuste, que le jugement des hommes ait plus de force dans le mal que dans le bien. Si je vous réponds qu'on le croit ainsi, touchant le mal, à cause de l'œil mauvais, vous me répliquerez aussitôt qu'on doit avoir le même sentiment touchant le bien, à cause de la simplicité de l'œil. Celui qui a dit que notre œil ténébreux rendait tout notre corps ténébreux, nous a aussi déclaré que lorsque notre œil serait simple, tout notre corps serait lumineux . Hais songez que l'œil qui se trompe n'est peutêtre pas véritablement simple, et qu'il se trompe en croyant également le bien mal, et le mal bien. Or, vous savez que l'un et l'autre tombent sous cette malédiction du Prophète : Malheur à vous qui dites que le bien est mal, et que le mal est bien *. Cependant il n'y a personne qui voulût éviter une malédiction que la Vérité même déclare être la lumière de tout le corps, c'est-à-dire de l'action. Hais à Dieu ne
' Rom., XIV, 14, et Tim., iv, 4. — « Rom.,xiV4 U,— • Ibid, 23. — * Malth., vi, 23. — » Isaïc, V, 20.