‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 214 sur 385 · A GUILLAUME, ABBË DE SAINT THIERRY · texte numérisé non relu

A GUILLAUME, ABBË DE SAINT THIERRY

AVERTISSEMENT

L'Ordre de Cluny, très-florissant sous le gou- Temement de saint Hugues, tomba après sa mort dans le relâchement. L'abbé Pontius,son successeur, donna lui-même l'exemple de l'infidélité à la règle, en sorte, qu'en moins de Yingt années, l'ancien esprit de Cluny avait disparu. Saint Bernard vit avec douleur cet affaiblissement de la discipline dans une mai* son ou elle était jadis en vigueur, et à diverses reprises, il essaya, par ses avertissements et ses lettres, de remédier au désordre. Mais ses efforts, loin de guérir le mal, aigrirent les esprits, et les moines de Cluny se plaignirent amèrement des moines de Cîteaux et surtout de saint Bernard, qu'ils accusaient de calomnier leur ordre. Guillaume, abbé de Saint-

Thierry * , ami du Saint, lui écrivit donc pour le prier de se défendre contre les attaques dont il était l'objet. Ce fut l'occasion pour saint Ber nard de composer le traité suivant qui se divise en deux parties. Uans la première, l'auteur déclare n'avoir jamais eu que des sentiments de respect pour l'ordre de Cluny, et blâme les religieux de Citeauxqui en auraient mal parlé. Dans la seconde, il reprend avec charité, mais avec zèle , le relâchement et les abus trop connus qui s'étaient glissés dans cet institut.

Selon l'opinion la plus probable, cette apologie fut écrite en 1121, quand Cluny avait pour abbé Pontius ou Hugues II, prédécesseur de Pierre le Vénérable.

A Monastère de l'Ordre de S. Benoit à Reims.

PRÉFACE

Je reçois très-volontiers le commandement que vous me faites de travailler à quelque ouvrage qui puisse éteindre le scandale qui s*est élevé dans le royaume de Dieu ; mais je ne vois pas bien encore de quelle manière vous souhaiteriez que je l'exécute. Car, en lisant et relisant votre très-agréable lettre (en effet, plus je la lisais, et plus elle me plaisait), j'ai bien compris que vous auriez désiré me voir donner satisfaction à ceux qui se plaignent de nous, comme de gens qui médisent des moines de Cluny : afin que chacun sût, que tout ce qu'on a cru, ou voulu croire mal à propos de nous jusqu'à présent, n'est point véritable. Mais, si cette satisfaction donnée, j'entreprends une autre fois, comme vous me l'ordonnez, de blâmer la supcrfluité de leur nourriture et do leurs habits, ainsi que les autres désordres que vous me marquez; certainement, je sem-

blera! me contredire moi-même ; et je ne vois point du tout comment je le puis faire sans un nouveau scandale, à moins de déclarer que l'ordre est tout à fait louable en ^i, que ceux qui le blâment sont très-repréhensibles ; et que néanmoins je ne cesse point de reprendre tous les abus qui s'y passent. Si c'est de cette manière, ou de quelque autre plus convenable que vous voulez que je m'explique, soyez assez bon pour me le mander plus nettement, et priez Dieu que je puisse réaliser ce que vous désirez, et de la manière que vous le désirez. Je vous avertis, pourtant, que tout ce commerce d'écritures si fréquentes m'est bien dommageable, parce qu'en m'obligeant interrompre l'exercice de l'oraison, il diminue beaucoup en moi l'esprit de dévotion, surtout quand je n'ai ni la facilité, ni le loisir d'écrire.

APOLOGIE

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