‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 216 sur 385 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

SAINT BERNARD SE JUSTIFIE ET FAIT l'ÉLOGE DE

l'ordre de CLUNY.

A. Qui donc m'a jamais entendu déclamer en public, ou murmurer en particulier, contre cet Ordre I Y a-t-il un religieux de ce même Ordre que je n'aie pas toujours vu de bon œil, reçu avec honneur, à qui je n'aie parlé avec respect, et que je n'aie averti avec humilité? Je l'ai déjà dit, et je le répète, la manière de vivre de Cluny est sainte, honnête, embellie par la chasteté, recommandable par la prudence^ instituée par les Pères, ordonnée par le Saint-Esprit, et très-utile au salut des âmes. Est-il possible que je blâme ou que je méprise un Ordre que je loue ainsi? Je me souviens d'avoir autrefois reçu l'hospitalité en quelque suns de ses monastères : que Dieu rende à ses serviteurs les bontés excessives quUls ont pro-

* Ps. LXXII, 0,5.

diguées à mon infirmité, et aussi Thoimeur avec lequel ils m'ont traité au delà de mes mérites ; je me suis recommandé à leurs prières, j'ai assisté à leurs conférences; j'ai eu souvent avec plusieurs d'entre eux des entretiens sur l'Écriture sainte et le salut des âmes, et en public dans leur chapitre, et en particulier dans l'appartement des botes; mais il ne s'en trouvera pas un que j'aie dissuadé ouvertement ou en secret de demeurer dans cet Ordre, ni à qui j'aie persuadé de venir dans le nôtre. Au contraire, j'en ai arrêté plusieurs qui voulaient se réunir à nous; et lorsqu'ils se sont présentés, malgré toutes leurs instances, je les ai renvoyés. N'ai-je pas renvoyé frère Nicolas à Saint- Nicolas-du-Saut ' , et remis entre vos mains deux des vôtres, ce dont vous êtes le ûdèle témoin? Et pour ce qui est de ces deux abbés de votre Ordre, que vous connaissez fort bien sans que je sois obligé de les nommer *, et avec qui vous savez à quel point nous sommes liés d'amitié ; n'est-il pas vrai que, souhaitant de passer dans un autre ordre, et en ayant déjà pris la résolution, ce que vous n'avez pas ignoré, je les ai tout à fait détournés de ce dessein, et empêchés de quitter leurs abbayes? D'où vient donc que l'on croit et que l'on publie que je blâme un Ordre auquel je persuade à mes amis de rendre service, à qui je renvoie les moines qui voulaient venir parmi nous, et dont je demande avec instances, et dont je reçois avec dévotion les prières.

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