CHAPITRE Vil
l'exercice de l'esprit est plus utile que celui
nu CORPS.
13. Quoi donc? me dites-vous, esi-ce ainsi que vous relevez les exercices spirituels, au
« Héhr., XII, 16. — « Gen., i.i, 17. — • I Rois, xiv, 29. — * II! Rois, XVII, 6. — » Gen., xviii, 7.— » Exod.,xxix. 1.— M Tim., V. 23. — » Mallh,. xi, 19. — «/AiV/.. xxvi, 27. — «0 Jean, ii, 3, 9.— »« Nomb. xx.— " il Roi8,xxin, 16.- »• Juges, VII, 6, 7. — " Luc, X, 41 . 42. - » 1 Tim., IV, 8. — <« ^% VI, 7. — " Ibiii., LUI. 4.
APOLOGIE
point de blâmer les corporels ordonnés par la règle? Nullement. Mais il faut pratiquer ceuxci sans omettre les autres. Et dans le cas où on clevrail quitter les ^in.s ou leç autres, on doit bien plutôt laisser les corporels que les spirituels; car autant Tesprit est supérieur au corps, autant l'exercice spirituel est plus utile que le corporel. Ainsi, en vous autorisant de cette o))servance eor[)orelle, pour insulter ceux qui ne sont point dans sa pratique, ne vous montrez-vous pnsvous-niômes plustransgresseurs de la règle que les autres, i)uisque vous arrêtant aux points moins importants, vous vous dispensez de plus graves, auxquels TApôlre nous exhorte , en ces termes : Aspirez aux dm$ les plus parfaits ' ? Car, en médisant de vos frères dans une chose dont vous vous glorifiez, vous perdez rhumilité; et en méjmsant les autres, vous perdez la charité, qui assurément sont des vertus beaucoup plus excellentes. Vous qui accablez votre corps par des travaux réitérés et durs, qui mortifiez vos membres par les austérités de la règle, vous êtes assurément dans une bonne pratique : mais si celui que vous condamnez, pour n'être pas assujetti au mêmetravailquevous,se livre à un léger exercice corporel qui sert de peu de chose, et que, déplus, il s'applique, mais d'une autre manière que vous, à la pratique de la vertu et de la piété, qui est utile à toutes choses ; Je vous le demande, quel est de vous deux celui qui garde la règle plus parfaitement? N'est-ce pas le plus parfait qui la garde plus parfaitement? Et le plus parfait des deux, est-il le plus Jiumble, ou celui qui est plus fatigué du travail? N'est-ce pas celui qui a appris de Notre- Seigneur à être doux et humble de cœur *, et qui avec Marie-Hagdelcine a choisi la meilleure part, qui ne lui sera jamais enlevée *.
i4. Si vous croyez que tous ceux qui ont fait profession de la règle, doivent l'observer à la lettre, et si vous ne voulez pas souiTrir qu'on en puisse dispenser en la moindre chose ; je le déclare, vous ne la gardez ni l'un ni l'autre. Car si celui-là manque en plusieurs choses relatives aux exercices corporels, il est impossible que vous n'y manquiez aussi en quelqu'une. Or, vous savez que celui qui manque en un point est coupable sur tous le^ autres. Et si vous avouez qu'on y peut, avec dispense, introduire quelque modification, ceiiainement vous la gardez Tun et l'autre, bien que d'une
» 1 Cor,, XII» 31.— « >;^llh ,xi. 2i— ? Mtç..Xf 42.
manière difTérente , vous avec plus d'exactîtiide, et lui peutrétré avec plus de .disdrélion. Mais je ne prétends pas qu'on doive négliger les choses extérieures, ni que celui qui ne les pratiquerait poiivt, en pourrait aussitôt devenir* jAvLS spirituel, puisqu'il est très*difdcile et presque impossible d'acquérir ou d'obtenir les choses spirituelles, quoique plus excellentes, autrement que par les corporelles, suivant ce que dit l'Apôtre : C^ n'est pas le spirituel qui précède, tnais ranimai est le premier, et ensvite le spirituel *.. Ainsi isicob ne mérita les embrassements de Rachel qu'il avait tant désirés, qu'après avoir connu Lia. D'où vient que le Psalmiste dit : Préparez les mtrumeifùt pour chanter les psaumes^et faites retentir les cymbales *. C'est-à-dire, songez aux choses spirituelles, mais commencez par les corporelles. -Mais le plus parfait est celui qui use des unes et des autres dans le temps voulu et avec discrétion. i5. 11 faudrait ici finir cet écrit, pour qu'il n'excédât point les limites ordinaires d*une lettre ; j'ai suiflsanHnent, et autant que je l'ai pu, réprimandé les religieux de notice Ordre, dont vous vous êtes plaint, mon Père, sous prétexte qu'ils médisaient du vôtre; et je me suis justifié, comme je devais, du faujc soupçon qu'on avait coiiçu sur moi. Mais, parce qu'en même temps que je ne ménagé point les nôtres, je paraîtrais bien approuver beaucoiipdo choses qui se passent dbezvoKiset qui ne conviennent pas; j*ai cru devoir ajouter quelques faits qni, je le sais, ne vous plaisent pas et qui doivent élre absolument réprouvés de tous les gens de bien. Car, s'ils paraissent laô passer dans l'Ordre, il est certain pourtant qu'ils ne sont point de l'ordre ; car il n'est. pas d'Ordre qui admette ce qui est déréglé; etiée qui est déréglé n'est pbint de l'ordre. C'est pour cela qu'on ne doit pas croira que Je parle contre mais |Knir l'Ordre, quand je reprends non pas Tordre dans les homities, oaais les ' désordres des hommes. Aujssi je ne crains |ias en cette occamon d'irriter poutre moi ceux qui aiment Tordre; au contraire, ils tk*ouvent bon, je le pense, que j'entreprenne de faire la guerre aux vices qui leur foxit Itorreur. Si je déplais à quelques-uns, certainement ils montrent qu'ils n'aiment |M>int un Ordre, dont ils ne veulent point voir les désordres censurés : et je leur objecterai cette sentence de saint Grégoire le Grand : Jl vaut tnitux causer du scandale^ tfùe d'aband&nmer la véri4é '.
' I Cor., XV, 46
— * P«. LXjtx, 3 — ^ Ilçm. vji, saiÇiiCh.