‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 222 sur 385 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

IL IBPRBND FORTBM«NT LES ABIJ6 ET LHB VIG68 0£ €LIJt<T, DÉGUISÉS SOUS LE NOM M VBBTUS.

16. On dit, et on le cf'oit, que les Sûinis Pères ont institué ce réginae de TÎe, et que, fièdr fadiliter à plusieurs le SQlut, ils ont modéré te rigueur de la règle pour les infirmes, et non pas travaillé à la destruction de ht règle. Hais Dieu me garde de croire qu'ils aient ordonné ou concédé toutes les vanités et tontes les superfluités ^ue Je vois dans la plupart dés monastères. Pour moi, je ne puis assez me demander d'où ont donc pu riatire parmi les moines tant d'excès dans le boire et le manger, dans les habits et les ameublements, dans leurs chevaux et leurs équipages, et dans la construction des bâtiments; au point qu'on estime l'ordre mieux observé, et la piété plus vive dans les lieux où ces excès sont plus multipliés et plus criants. L'économie passe pour avarice, la sobriété pour austérité, et le silence pour une noire mélancolie. Au contraire, le relâchement est discrétion ; la prodigalité, libéralité; le vain babil, affabilité ; les éclats de rire sont de la galté; la mollesse des vêtements et le faste des chevaux, de l'honnêteté; le trop grand soin et la superflu! té des lits, de la propreté. Se ))rocurer mutuellement ces choses, c'est charité. Mais certainement cette charité détruit la charité, et la discrétion est confbtidue i>ar une telle discrétion. C'est Une miséricorde pleine de cruauté celle qui prend tantdesoin du corps, et donne la mort à l'âme. Quelle charité y a-t-il à aimer la chair et à abandonner l'iesprit? Quelle discrétion k donner tout au corps et rien à l'âme? Quelle miséricorde de nourrir la servante, et de faire périr la maîtresse? Assurément, ce n'est ]f)oint pour une pareille miséricorde qu'on dort espérer la miséricorde promise aux misé* ricordieux de l'Évangile, par la bouche de la Vérité : Bienheureux ceux qui font miséricorde, witTe qu*ih obtiendront eux-mêmes la miséricorde^. Elle doit plutôt attendre le châtiment que Job, en esprit de prophétie, et non par imprécation, souhaite à cet impie* miséricordieux. Si j'ose ainsi parler, lorsqu'il dit : Que sa mémoire soii anéantie, et gu*on le brise comme un bots inutile^. Et il ajoute aussitôt la raison Je cette ^Uste Jïeine : Cest^ dit-il, qu'il a nourri celle qui était stérile, et qui n*engendrait point, et ffi/tl n'a point fait de bien à la veuve •.

Malib.. V, 7 — « Job, XXIV, 20. 21. — «/Aie/.

17. Certainement, c'est une miséricorde sans règle et sans raison de donner tous ses soins et ses veilles à l'assouvissement des désirs d'une chair stérile et infructueuse qui ne sert de rien\ selon la p&role de notre Seigneur, et qui ne possédera jamais le royaume de Dieu*, selon l'Apôtre ; et de n'avoir nul souci du conseil salutaire que le Sage nous donne touchant le soin qu'on doit avoir de l'âme, lorsqu'il dit : Ayez pitié de votre âme en tâchant de plaire â Dieti •. 0 l'heureuse miséricorde, d'avoir pitié de son âme ! Elle vous obtiendra la miséricorde par laquelle vous deviendrez agréables à Dieu. Toute autre que celle-là n'est point une miséricorde, comme j'ai déjà dit, mais plutôt une cruauté ; ce n'est point une charité, mais une pure iniquité; ce n'est point une discrétion, mais une confusion : c'est nourrir une Stérile, incapable d'engendrer, c'est-à-dire, servir aux concupiscences d'une chair inutile, et ne faire aucun bien à la veuve, je veux dire, ne donner aucun secours à Tâme pour cultiver les vertus. Dans cette vie, elle se trouve comme veuve et séparée de son Époux céleste; elle ne laisse pas néanmoins de concevoir et de produire sans cesse, par l'opération du Saint-Esprit, des sentiments immortels capables de conduire un jour à l'héritage céleste et incorruptible, pouvu qu'un pieux ouvrier prenne un soin particulier de les bien cultiver.

i8. Cependant cet abus est arrivé à un point, que ces désordres passent maintenant presque partout pour Tordre même, et que tous, à peu près, vivent ainsi sans aucun reproche ni remords de conscience, quoique d'une manière ditTérente. Car quelques-uns sont dans l'usage de toutes ces choses comme s'ils n'y étaient point, et partant pèchent peu ou point du tout : les uns les pratiquent avec simplicité, d'autres par charité, et d'autres par nécessité. Ceux qui les pratiquent avec simplicité, font C3 qu'on leur ordonne, et ils seraient prêts à agir autrement, si on leur commandait d'une autre manière : les autres imitent ceux avec qui ils demeurent, cherchant moins leur propre satisfaction que la conservation de la paix avec leurs frères : les troisièmes n'ont pas la hardiesse de résister au grand nombre de ceux qui sont d'un autre sentiment, et qui soutiennent énergiquement ces usages comme les véritables observances de l'Ordre; de sorte que toutes les fois que ceux-là commencent à retrancher ou à changer quelque chose,

^ Jtau, 6, (ii.- * I Cor., xv, 50.— » Eccll, xxx.2*.

APOLOGIE

selon que la raison le conseille, ceux-ci s'élèvent aussitôt contre eux, et s'y opposent de toutes leurs forces.

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