CHAPITRE XJ
XL DÉCLARE LA CAUSE VOVR LAQUELLE LES SUPÉ- RIEURS RE CORRIGENT POINT LES DÉSORDRI 8 DE LEURS INFÉRIEURS, ET REPREND AIGREMENT LE LUXE ET LA POMPE DES PRÉLATS.
27. Au reste, je m'étonne que la règle rendant le maître responsable de toutes les fautes que les disciples commettent*. Notre -Seigneur menaçant par son Prophète d'exigir des pasteurs un compte sévère de la vie de tous ceux qui meurent dans le péché*; je m'étonne, dis-je, que nos abbés souffrent ces désordres, à moins, oserais-je le dire, qu'ils n'aient pas la hardiesse de reprendre des excès dont ils se sentent coupables. En effet, c'est une indulgence que tout le monde pratique envers soi, de ne pas s'emporter trop contre les autres sur des points dans lesquels
^Rè^le de s. Beo., ch. u.— * Ézécb., m, svin.
on se traite soi-même avec douceur. Je le dirai donc, oui, je le dirai ; on me taxera de présomption, mais je dirai la vérité. Comment la lumière du monde a-t-elle pu s'obscurcir? Comment le sel de la terre est-il devenu insipide ? Ceux dont la vie devait servir de route pour arriver à la vie sont devenus aveugles et conducteurs d'aveugles, et par leurs actions, ils nous ont donné l'exemple d'un faste orgueilleux î Car, sans parler des autres choses, quelle humilité y a-t-il à marcher avec tant de pompe et une suite de cavaliers, d'avoir autour de soi un si grand nombre de valets avec des perruques frisées, de sorte que la suite d'un seul abbé sufflrait au train raisonnable de deux évoques^ Qu'on m'accuse de mensonge, si je n'ai pas vu un abbé qui avait à sa suite plus de soixante chevaux * t Vous diriez, à les voir passer, que ce sont de grands seigneurs plutôt que des pères de monastères, et des gouverneurs de provinces plutôt que des directeurs des âmes. On fait porter avec soi le linge de table, les verres, les bassins, les chandeliers et les valises remplies, non de paillasses, mais de belles garnitures de lits. Enfin, l'on ne peut s'éloignera quatre lieues de sa maison sans transporter tout un équipage, comme si l'on allait à l'armée ou que l'on dût traverser un désert où on ne pourrait rien trouver de ce qui est nécessaire à la vie. Ne pourrait-on pas se servir d'un même vase pour laver les mains et pour bojre? Est-ce qu'une chandelle ne pourrait point éclairer si elle n'était dans le chandelier d'or ou d'argent que Ton fait porter? Est-ce que l'on ne pourrait dormir que sur un lit de diverses couleurs ou sous une couverture venue d'un pays étranger? Un même serviteur ne sufQrait-il pas pour attacher un cheval à l^écurie, pour servir à table et pour faire les lits? Et pourquoi donc ne portons-nous pas avec nous, afin de nous soulager de tant de peines, tout ce qui est nécessaire pour un si grand nombre de serviteurs et de chevaux, afin de n'être point à charge à nos hôtes?