CHAPITRE I
MÈKJB A ^A VÉRITÉ.
i . Ayant à traiter des degrés d'humilité qi^e saint Benoit nous propose de gravir plutôt que de compter S je veux d'abord indi^m^r, si je
* Ce traité est !e premier ouvrage composé par saint Bernard, comme il le dit Im-mème (lettre 18) *. il parait avoir été écrit vers 112S ; il est adressé k Geoffroi, prieur de Clairvaux et plus tard évèque de Langres. Cet opuscule a donné lieu de la part du saint Docteur à la rétractation suivante : Ayant cité dans cet opuscule ce passage de l'Evangile où Notre-Seigneur a dit ignorer le Jovr do dernier jugement ', et m'en étant servi pour établir et appoyer une opinion, j'ai mis ce que j'ai vu ensuite n'être pas dans le texte atcré. Ce texte porte seulement : Le Piis ne sait pas. Trompé, mais sauK intention de tromper les autres, oubliant la lettre mais non le sens, j'ai ajouté : le Fils de rbodune lni»mème ne sait pas. Partant de là pour établir ma thèse, j'ai essayé d'asseoir nue . assertion vraie spr un texte inexact., J*ai rçconnu Terreur de ce traité longtemps après que la publication Tavait fait transcrire par beaucoup de mains; il ne m'était pas facile de poursuivre l'erreur à travers tant de copies. J'ai donc eu recours au remède de la confession. Dans «n autre endroit *, j'ai avancé sur les Séraphins une opinion que je n'ai reçue de personne ni lue nulle part. Le lecteur remarquera que je l'ai lait avec mesure, et en me servant dti terme «je crois»: je n'ai entendu donner qu'à titre d'opinion ce que je ne pouvais établir par rficritare d'une iaçôn certaine. J'ai donné à Toposcttle ce titre : Des degrés de f humilité, Cumn^e j'y expose et j'y décris moins les degrés de l'humilité que ceux de l'orgueil, il pourra être critiqué des lecteurs moins réflé- « cbis, et moins attentif à la raison de ce titre, que j'ai pris « soin de donner brièvement à la fin de cet opuscule. » 1 Règle de S. Ben., cb. vu.
•Tmb l''paf. Stf.- * Cbap. m, n. iO.- •Clu^.», u 35*
le pais, le poinijoii ilsdoisent jumg afin qu'âiyaiit eonau'Ie fruit qiû nOas attend au 'but, Ids Âtigues de la montée soientinoias pénibles. C'est pourquoi le 'Seigneur udus propose, avec le laheurde la route, la véccCnipeiise du labeur. JeàuiSj dit^il, la voîe^ la vérité et la vie ^ U appelle voie rhumilité qifi mène à la mérité. L'une estl§ travail, TautnB ^ le fruit de ce travail. Eh ! comment savee-vous donc, direz-yous, que Jésus-Ohrist parle ici de l'hu- >milité, puisque son langage est indéterminé : Je êvis la voie ? Écoutez ce qui est plus clair : Apprenez de moi que je suis doux et 'humble ,de cœur*. Il se donne donc lui-nf)énie jcomme modèle d'humili^ et type de douceur. Si vous rimitez, au lieu de marcher dansies ténèbres vous aurez la lùmieiie de vie '. Et qu-est-ice que la lumière de vie, sinon la 'iférité, (}ui éclairant tout homme venant en ce monde montre où réside la vie véritable? Aussi après avoir dit : Je suis la voie et la vérité^ ajoute-t-il : et la vie: comme s'il disait '.^Je suis la voie qui mène à la vérité : je suis la vérité qui promet la vie, et je suis la viequeje donne. La vieéternelley dit-il encore, eomsisteà vous connaître^ vous^ le vrai Dieu^ et Jésus-Chriu que vous avez envoyé ^. Ou encore, c'est comme si vous disiez : je considère la joute, à savoir l'humilité; Je désire le fruit qui est l'humilité : maiâm lalfitigue de la route est si grande que je ne puisse parvenir au terme diésiré ? Jl vous répondra : Je suis la
^ Jean, xiv, 6. — * liatth.,xt, 29. ^ > Jean, viii, 12 — * * lùid , XVII, 3.
TRAITÉ DES DIVERS DEGRÉS
voie, c'est-à-dire, le Tiatique qui vous soutiendra sur le chemin. Aux voyageui^s errants et ignorants de leur route il crie donc : Je suis la voie; à ceux qui doutent et qui ne croient pas: Je suis là vérité ; à ceux qui montent, mais que la fatigue atteint : Je suis la vie. C'est assez montrer, je pense, d'après le texte évangélique, que la connaissance de la vérité est le fruit de l'humilité. Écoutez un autre texte : Je vous rends grâces, ô Père^ Dieu du ciel et de la terre de ce que vous avez caché ces choses, c'est-à-dire les secrets de la vérité, aux sages et aux habiles, et de ce que vous les avez révélées aux petits *, c'està-dire aux humbles. Ce qui fait voir que la vérité cachée à l'orgueil est dévoilée à l'humilité.
2. Or on peut définir l'humilité : Une vertu par laquelle Thomme, ayant de lui-même une véritable connaissance, se méprise. Cette définition convient à ceux dont le cœur, par des ascensions graduelles, avance de vertu en vertu, jusqu'à ce qu'ils soient parvenus au conible de l'humilité, d'où, comme s'ils étaient placés sur la montagne de Sion, ils aperçoivent la vérité. Le législateur donnera sa bénédiction *, est-il dit : car celui qui a donné la loi, bénira aussi les etrorts de ceux qui l'observent: après avoir fait un précepte de l'huuiilité, il conduira jusqu'à la vérité. Et quel est le législateur? sinon le Seigneur plein de douceur et de droiture, qui a donné une loi à ceux qui pèchent dans leur route *. Et ceux qui pèchent dans la voie sont ceux qui abandonnent la vérité. Hais sont-ils, même alors, délaissés par la bonté divine ? Le Seigneur, plein de mansuétude et d'équité à leur égard, leur donne pour loi la route de l'humilité qui les ramène à la connaissance de la vérité. 11 leur ménage l'occasion de se sauver, car il est doux ; mais il leur impose la règle et la discipline, car il est juste. Sa bonté ne les laisse pas périr ; mais sa droiture n'oublie pas de les punir.