CHAPITRE II
AVEC OinSL FRUIT ON GRAVIT LES DEGRÉS DE l'humilité.
3. Dans cette loi qui ramène à la vérité, saint Benoit distingue douze degrés: afin que,comme les dix préceptes de la loi avec la double circoncision (ce qui donne le nombre douze) conduisent au Christ, ainsi eâ gravissant ces douze degrés on atteigne la vérité. Cette échelle
« Luc, X, 21.— * Pi. LXXXVI,0,8.— spt. xxiv.S.
montrée à Jacob, comme symbole de Thumîlité, et sur laquelle le Seigneur parut appuyé \ que signifie-t-elle, sinon que dans la perfection de l'humilité se rencontre la connaissance de la vérité 7 Du sommet de l'échelle. Dieu considérait les enfants des hommes, comme la Vérité dont les yeux ne veulent pas plus tromper qu'ils ne savent être trompés : il cherchait s'il y avait sur la terre quelque âme intelligente et occupée de Dieu. De cette hauteur ne vous semble-t-il pas crier et dire à ceux qui le cherchent (et il connaît ceux qui sont à lui): Venez à moi, vous qui me désirez^ et remplisseZ'Vous de mes fruits ■ ! Ou : Venez à moi VOUS gui travaillez et êtes chargés, et je vous soulagerai*. Venez, dit-il. Et où donc? A moi, à la Vérité. Et par quelle route ? Par l'humilité. Et avec quel profit? Je vous soulagerai. Et quel soulagement promet-elle à ceux qui marchent, et procure-t-elle à ceux qui arrivept? N'est-ce pas la charité? C'est à elle, en efTet, selon saint Benoit, que le moine arrivera bientôt après avoir parcouru tous les degrés de l'humilité ^. C'est une douce et suave nourriture que la charité : elle soulage la fatigue, elle fortifie la faiblesse, elle réjouit la tristesse. Elle rend le joug de la vérité doux et son fardeau léger.
4. C'est une bonne nourriture que la charité : placée au milieu de la table de Salomon *, par le parfum de ses vertus diverses pareil à celui d'aromates de toutes sortes, elle rassasie la faim et la réjouit. Là, en effet, sont servies comme autant de mets délicieux, la paix, la i)atience, la bonté, la longanimité et la joie du Saint-Esprit, et tous les autres fruits de la vérité et de la sagesse. L'humilité trouve aussi en ce festin son aliment, le pain de la douleur, et le vin de la componction que la vérité offre aux commençants à qui elle dit : JjeveZ'Vous après que vous vous serez reposés vous qui mangez un pain de douleur '. La contemplation à son tour trouve la nourriture solide de la sagesse avec le vin qui réjouit le cœur de l'homme, mets auxquels la sagesse invite les parfoits : Mangez, mes amis, et buvez et enivrezvous aussi ''. // a orné le milieu de sa litière decka^ rite en faveur des filles de Jérusalem ' : c'est-àdire en faveur des âmes imparfaites, incapables encore de prendre cette nourriture solide et à qui il faut donner le lait de la charité^ au lieu
* Gen., XXVIII, 15, !3. — « Eccli., xxiv.26.- XI. 28. — « Règle de S. Ben., cb. vu, 12* degré. 111, 9, 10. — • Fs. cxxvi, 3. — ' Caui., v, i. m. 10.
s Matth..
-»Caut.,
DE L'HUMILITÉ ET DE L'ORGUEIL
de pain, ef la douce huile au lieu de vin. Et c'est avec vérité que la charité nous est représentée au milieu de cette litière; sa douceur, en eifet, n'est pas pour les commençants encore sous l'empire de la crainte, et elle ne suffit plus aux parfaits parvenus aux délices plus abondantes de la contemplation. Les premiers que l'amère potion de la crainte doit débarrasser des délectations charnelles, comme d'autant d'humeurs pernicieuses, sont encore in* sensibles à la douceur du lait ; les seconds déjà sevrés, mettent leur joie dans une nourriture plus noble, la pensée de la gloire : les seules âmes placées dans un état intermédiaire, les âmes qui avancent, savourent ces deux breuvages, et leur délicatesse s'en contente.
5. Le premier aliment, qui a dans son amertume une vei*tu purgative, appartient donc à l'humilité ; le second, qui est celui de la charité, console par sa douceur; le troisième, celui de la contemplation, est solide et fortiûant. Hélas 1 Seigneur Dieu des vertus, jusques à quand^ irrité contre votre serviteur, me nourri rez-vous du pain des larmes et de l'amer breuvage de mes pleurs? Qui m'invitera au moins à ce doux festin de la charité, où les justes mangent en présence de Dieu et où ils trouvent une joie délicieuse?Âlorsjenem'en* tretiendrai plus seul dans la tristesse de mon âme et je dirai à Dieu : Ne me condamnez pas ; je mangerai les azymes de la sincérité et de la vérité, et dans mes transports, je célébrerai les voies de Dieu et sa gloire éclatante. Toutefois, elle est bonne cette route de l'humilité dans laquelle on cherche la vérité, on acquiert la charité, et on participe aux fruits de la sagesse. Conune Jésus-Christ est la fin de la loi, ainsi la perfection de l'humilité c'est la science de la vérité. En venant ici bas, Jésus- Chist nous a apporté la grâce ; la vérité met la charité dans les âmes à qui elle se dévoile ; et elle se dévoile aux humbles : elle donne donc la grâce aux humbles