‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 247 sur 385 · LE PREMIER DEGRÉ DE LA VÉRITÉ, G'EST DE · texte numérisé non relu

LE PREMIER DEGRÉ DE LA VÉRITÉ, G'EST DE

s'Étudier soi-mi^me ou de connaître sa misère PERSONNELLE.

13. Mais revenons à notre sujet. Si celui qui ne connaissait pas nos misères s'y est assujetti, pour apprendre de l'expérience ce qu'il ignorait, à plus forte raison devez-vous, je ne dis pas vous faire ce que vous n'êtes pas, mais considérer ce que vous êtes (et vous êtes vraiment misérable), afin d'apprendre ainsi la miséricorde que vous ne sauriez connaître autre-, ment. Si vous considériez les misères du prochain sans voir les vôtres, vous pourriez sentir en vous plus d'indignation que de compassion, être poi-té à juger plus qu'à soulager, et à détruire en esprit de colère plutôt qu'à instruire en esprit de bonté. Vous qui êtes spirituels, dit l'Apôtre, relevez les autres avec douceur. C'est le conseil, ou le précepte de l'Apôtre, que vous traitiez un frère malade avec un esprit de douceur, c'est-à-dire comme vous désirez être traité vous-même, quand vous êtes malade. Et si vous voulez connaître le secret de la douceur envers ceux qui pèchent, considérez-vous vous-même j est-il dit, et craignez d*être aussi tenté *.

14. Et il est bon de remarquer avec quelle fidélité le disciple de la Vérité suit ici Tordre

» P*. xixix,3.— * Pft XXXV, 7. 8. — * Galai.,\i,l.

du Maître. Dans les béatitudes rappelées plus haut*, les miséricordieux sont avant les cœurs purs, et les doux avant les miséricordieux *. Et l'Apôtre, exhortant les spirituels à instruire les âmes charnelles, ajoute qu'il le faut faire en esprit de douceur. L'instruction des frères appartient aux miséricordieux, et l'esprit de douceur aux doux. Comme s'il disait : On ne peut compter parmi les miséricordieux celui qui n'e&t pas doux. L'Apôtre montre ainsi, ce que je me suis précédemment engagé à établir •, à savoir, que nous devons chercher la vérité en nous, avant de la chercher dans le prochain : considérez-vous vous-même^ et voyez combien vous êtes facile à tenter et prompt à pécher ; celte considération de vous-même vous rendra doux. C'est avec un esprit de douceur que vous viendrez en aide aux autres. Si vous n'écoutez pas les avis du disciple, craignez les reproches du Maître : Hypocrite^ tirez d'abord la poutre de votre œil, et puis vous verrez â ôterla paille de l'œil de votre frère *. Cette grande et grosse poutre dans l'œil, c'est l'orgueil dans l'esprit. Comme une enflure vaine et malsaine, l'orgueil obscurcit l'œil de l'âme et lui dérobe le vrai : remplit-il le vôtre, vous n'êtes plus capable de \ous voir tel que vous êtes ou que vous pouvez être; mais tel que vous vous aimez, tel vous croyez être ou vous espérez devenir. Qu'est-ce que l'orgueil, sinon (comme un saint l'a défini ^) l'amour de sa propre excellence? Nous pouvons dire, au contraire, nous, que l'humilité est le mépris de sa propre excellence. Or, l'amour, comme la haine, ignore le jugement de la vérité. Et voulez- vous Tenteudre ce jugement? Je juge selon que f entends *, et non selon que j'aime, que je hais, ou que je crains. Il y a le jugement de la haine, comme celui-ci : Nous avons une loi, et selon notre loi tl doit mourir "^ ; il y a le jugement de la crainte, comme celui-ci: «Si nous le mettons en liberté, les Romains viendront et détruiront notre nation *; il y a le jugement de l'amour, celui de David sur son fils parricide : Épargnez mon fils Absalon '. Les lois humaines ont établi, et c'est la pratique dans les causes ecclésiastiques et séculières, de ne point admettre comme juges les amis des accusés, de peur que leur afl'ection ne les porte à tromper ou à se tromper.Si, en effet, dans votre appréciation, la faute d'un ami est atténuée ou cachée

* N» 6.— * Mallh.. V, 4, 7. 8.— " N- 6 — * Matth., vu, 5. * S. Aug. de la Géuèse à la lettre, liv. 111, 24, 25.— < Jean, ir. 30. — ' iLid , xix, 7. — » iùid., XI, 48. — » Il Ilois,

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