Que le prophète, humilié au premier de
*Ps.cxv, 1,2.— *i€aD,vii;,12.— srs.cxi, 1.
gré de la vérité, comme il le dit en un autre psaume : Vous m'avez humilié dans la vérité *, se considère lui-même ; que sa misère personnelle l'aide à juger de la misère générale, et qu'ainsi passant au deuxième degré il dise, en sa soiiie : Tout homme est menteur. Quelle est cette sortie? Celle qui le tire de lui-même, l'attache à la vérité et le porte à se juger luimême. Qu'il dise donc, non dans les accents de l'indignation et de l'insulte, maisdansceux de la compassion et de la pitié : Tout homme est menteur. Qu'est-ce à dire tout homme est menteur? Tout homme est faible, misérable, impuissant, incapable de se sauver et de sauver les autres. De même qu'il est dit, le cheval trompe celui qui en attend Sim salut *, non que le cheval trompe, c'est celui qui met sa confiance en sa force qui se trompe lui-même ; ainsi tout homme est dit menteur, c'est-à-dire fragile, changeant, ne permettant d'en espérer ni son salut, ni celui des autres; au contraire, il encourt la malédiction, celui qui met sa confiance dans l'homme •. Marchant et progressant sous la conduite de la vérité, le prophète voyant dans les autres les misères qu'il déplorait en luimême, ajoute la douleur à lEf science, et exhale cette plainte aussi vraie qu'elle est générale : l'out homme est menteur.
47. Voyez combien sont ditTérents les sentiments qu'a de lui-même le pharisien superbe: que dit-il dans l'excès de sa suffisance? ODieu, je vous rends grâces de n'être pas comme le reste des hommes ^. Son contentement personnel est une arrogante insulte aux autres. La conduite de David est bien différente ; car il dit : Tout homme est menteur. Il n'excepte personne pour ne tromper personne ; il sait que tous ont péché et ont besoin de la grâce de Dieu *. Le pharisien ne trompe que lui-même, en s'exceptant seul et en condamnant les autres. Le Prophète ne s'excepte pas de la misère commune ; il craindrait de s'excepter de la miséricorde, dont le pharisien se prive en dissimulant sa misère. Le Prophète affirnie en parlant de lui-même et des autres, que tout homme est menteur. Le pharisien l'affirme de tous, mais non de lui-même, quand il dit : Je ne suis pas comme le reste des hommes. Et il remercie Dieu non d'être bon, mais de l'être seul ; il lui rend grâces, non des faveurs qu'il a reçues, mais des maux qu'il voit dans les autres. Il n'a pas ôté la poutre de ses yeux, et il compte des pailles dans les yeux de ses frères. Car il ajoute : /n-
> Ps. cviii, 73. — « Ps. xxxii, 17. — » Jérém., xvii, 5. — * Luc, xviii, 11. — * Rom., lii, 23.
TRAITÉ DES DIVERS DEGRÉS
justes, vokurs^.UsL digression n'aura pas été inutile si vous avez compris la différence des excès dans lesquels ont donné le prophète et le pharisien.
18. 11 faut revenir à notre sujet. Ceux que la vérité à rendus, en les éclairant, vils à leurs propres yeux doivent nécessairement trouver amers les objets de leur affection sans s'excepter eux-mêmes.lls seplacent donc eux-mêmes sous leurs propres regards et se contraignent à se voir tels même qu'ils rougissent de s'apparaître. Pleins de dégoût pour l'état dans lequel ils sont, soupirant après un autre qu'ils désespèrent d'atteindre seuls , dans les larmes qu'ils versent eux-mêmes, ils ne trouvent qu'une consolation, c'est de devenir à euxmêmes des juges sévères que l'amour du vrai rend affamés et altérés de justice, qui se méprisent profondément et tirent une satisfaction rigoureuse de leurs fautes passées, dont ils veulent se corriger. Hais se sentant incapables de prendre cette attitude à l'égard d'euxmêmes (car après avoir exécuté tout ce qui leur est prescrit ils se disent des serviteurs inutiles '), ils se réfugient de la justice dans la miséricorde.» Pour l'obtenir, ils suivent le conseil de la vérité : Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront aussi miséricorde *. Et c'est le second degré de la vérité, par lequel on la cherche dans le prochain, devinant ses besoins d'après les nôtres, et apprenant par nos souffrances à compatir aux siennes. .