CHAPITRE VI
TROlSIÈIfB DEGRÉ DE LA VÉRITÉ : PURIFIER L'QBIL DU CGEUR POUR CONTEMPLER LES CHOSES CÉ- LESTES ET DIVINES.
i9. La persévérance en ces trois choses, le deuil de la pénitence, le désir de la justice, et les œuvres de miséricorde, débarrasse le cœur des trois empêchements produits par l'ignorance, la faiblesse, ou la volonté, et élève les âmes, par la contemplation, au troisième degré de la vérité. Ce sont là les routes qui paraissent bonnes aux hommes, j'excepte toutefois ceux qui mettent leur joie à mal faire et leurs délices dans le crime ^, et qui allèguent leurs faiblesse ou leur ignorance pour excuser leurs péchés '. Mais c'est se flatter vainement que d'affecter Tignorance ou la faiblesse pour pécher avec plus de liberté. Que servit-il au
» Luc, XVIII, 11.— * i6i</., XVI!, 10— » Matlh., v,7.— »PiOv, II. 14. — »P8, riL. 3.
premier homme qui avait été entraîné au mal, de s'excuser sur sa femme comme sur la faiblesse de la chair • ? Et les bourreaux du premier martyr, parce qu'en le lapidant ils se bouchaient les oreilles *, étaient-ils donc excusés par l'ignorance? Que ceux qui se sentent entraînés par la passion et l'amour du péché, loin de la vérité, pressés par l'ignorance ou la faiblesse, changent leur passion en gémissements, leur amour en tristesse; que la ferveur de la justice surmonte l'infirmité de la chair; qu'ils opposent la libéralité à l'ignorance : car s'ils méconnaissent aujourd'hui la vérité pauvre, nue, infirme, ils la reconnaîtront et trop tard et avec honte, quand elle viendra, avec puissance et majesté, environnée de terreur et armée de reproches ; et dans leur effroi ils lui reprendront vainement: Quand est-ce que nous vous avens vue dans la détresse sans vous secourir »? Car on reconnaîtra dans l'exercice de sa justice *, le Seigneur méconnu dans celui de sa miséricorde. Ils verront enfin celui qu'ils auront percé •; et les avares rencontreront celui qu'ils auront méprisé. Toutes les taches contractées par faiblesse, ignorance, passion, les larmes, la soif de la justice et le zèle pour les œuvres de miséricorde, les effacent donc des yeux du cœur, à qui la vérité a promis de se montrer s'il était pur : Heureux les cœurs purs car ils verront Dieu •. Comme il y a trois degrés ou trois états de la vérité, on arrive au premier par le travail de l'humilité ; au second, par uneaffectueuse compassion; au troisième, par la contemplation qui nous tire de nous-mêmes. Dans le premier, on trouve la vérité sévère; tendredans le second, pure dans le dernier. La raison qui discute conduit au premier ; la sensibilité qui rend compatissant aux maux d'autrui mène au second, et nous sommes entraînés au troisième par la pureté qui nous soulève jusqu'au monde invisible.