CHAPITRE IV
QUELS SONT CEUX QUI SONT CONSOLÉS PAK LE SOUVENIR DE DIKU, OU PLUS CAPABLES DE SON AMOUR.
H. Maïs il importe de savoir quelle est cette génération qui puise la consolation dans l'amour de Dieu. Ce n'est pas cette génération perverse et irritante à laquelle il est dit : Malheur à vous ^ riches qui avez votre consolation *; mais celle qui peut dire vraiment : Mon âme a refusé d'être consolée. Et nous la croirons, si elle ajoute : Je me suis souvenue Je Dieu, et j'ai été réjouie*. Il est juste, en effet, q m ceux qui ne mettent pas leur joie dans les choses présentes, aiment à songer aux biens futurs : et que, dédaignant les consolations qui découlent des réalités passagères, ils trouvent leurs délices dans le souvenir de Téternilé. Voilà cette génération qui cherche Dieu , et non son intérêt, qui cherche la face du Dieu de Jacob'. Ceux qui cherchent ainsi la présence de Dieu et soupirent après elle, ont^ en attendant, un doux souvenir, qui, au lieu de les rassasier, les rend plus avides d'une réalité quicomblera leurs désirs. C'est ce qu'atteste lui-même Celui qui doit être leur nourriture : Celui qui me mange aura encore faim ^ Et celui qui a goûté à cette nourriture dit aussi : Je serai rassasié quand votre gloire m'apparaîtra •. Heureux déjà , cependant,ceuxqui ont faim et soifde la justice, puisqu'un jour ils seront rassasiés *. Malheur à toi, génération méchante et perverse I Malheur à toi peuple insensé, qui dédaigne le souvenir ie ces biens, et en redoute la présence ! Et lu as raison : car tu ne veux pas être délivré aujourd'hui des filets des chasseurs, puisque ceux qui aspirent à être riches en ce siècle, tombent dans les pièges du démon '', et tu n'échapperas pas à une parole terrible. 0 parole redoutable l ô discours bien dur que celui-ci : Allez, maudits, au feu étemel *\ U est plus amer et plus cruel que celui qui, chaque jour, dans rÉglise,nous ramène la mémoire de la Passion: Celui qui mange ma chair et huit mon sang a la vie étemelle. C'est-à-dire, celui qui se souvient de ma mort, qui, à mon exemple, mortifie ses membres terrestres, a la vie éternelle: c'est-àdire encore, si vous souffrez avec moi vous régnerez avec moi. Et cependant le grand nombre s'éloigne de cette parole, aujourd'hui
* Luc, Yl, 24. — • P». LX^vi. 3, 4.
— * Ecdi., xxiY. 29. — » Ps. xvi, 15.- » l Tim., vi, 9 — » Mallh., xxv, 41.
• Ps. XXXIII, 6.
« Mallh, V, 6. —
encore et recule ; il répond, si non de bouche, du moins par les actes: Ce discours est dur: qui peut Ventehdre ' ? La génération qui n'a pas su diriger son cœur, et dont l'esprit n'est pas fidèle à Dieu ', qui met son espérance dans les richesses incertaines, n'aime pas à entendre la parole de la croix, et le souvenir de la passion lui est à charge. Mais comment pourra-t-elle soutenir le poids écrasant de cette autre parole : Allez^ maudits^ au feu étemel ^préparé au démon et à ses angesl II sera écrasé celui sur qui tombera cette pierre. Mais pour la génération des cœurs droits elle sera bénie '. Avec l'apôtre, de près comme de loin, elle s'efforce de plaire à Dieu *.' Elle s'entendra dire : Venez^ les bénis de mon Père*, etc. Alors celui qui n'a pas réglé son cœur éprouvera, mais trop tard, combien comparé à ses douleurs, le joug de J.-C est doux, son fardeau léger; ce joug auquel il a soustrait sa tête superbe , parce qu'il le croyait trop dur. Vous ne pouviez, ô malheureux esclaves de Mammon, vous glorifier dans la croix de J.-C. et mettre votre espérance dans les trésors matériels, courir après l'or, et goûter la douceur du Seigneur. Aussi Celui dont le souvenir était pour vous sans douceur, vous désolera-t-il par sa présence.
i± Pour l'âme fidèle, elle soupire ardemment après cette présence, elle se repose doucement dans sa pensée ; et en attendant qu'elle soit apte à contempler, sans voile, la gloire de Dieu, elle met sa propre gloire dans l'ignominie de la croix. Ainsi l'épouse et la colombe du Christ se repose, et dort au milieu de son héritage ; et dans le souvenir actuel de votre infinie douceur, elle trouve, ô Seigneur Jésus, des ailes argentées, c'est-à-dire la blancheur de l'innocence ; et elle espère que votre vue la comblera de joie, quand l'extrémité de son dos aura acquis le fauve éclat de l'or'; quand, introduite dans les splendeurs et la félicité des saints, elle se trouvera illuminée des clartés de la sagesse. Elle a donc sujet de se glorifier dès maintenant et de dire : Sa main gauche est sous ma tête, et sa main droite me tiendra embrassée \Elle désigne par la main gauche, le souvenir de celte immense charité qui a porté Jésus- Christ a donner sa vie pour ses amis, et par la main droite, celte vision bienheureuse qui leur est promise, et la joie dont la présence de sa Majesté sera la source. C'est avec raison que cette vision déifique de Dieu, ces inestimables
» Jean, vi, 55. 61. — « Ps. Lxxvii, 8. — ' Ps. cxi, 2.
— * H Cor., V, 9.— * Malth., xxv, 34.— « Ps Lxvii, 14.
— 7 Gant., II, 6.
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TRAITÉ DE L'AMOUR DE DIED
délices de ]a divine présence sont placées dans cette main droite, déjà chantée par le Prophète : Des délices ineffables sont dans votre droite K Et l'amour admirable déjà rappelé, et toujours digne de l'être, est aussi bien placé dans la main gauche, puisque l'Épouse s'y appuie et s'y repose, pendant que passe l'iniquité.
13. La gauche de l'Époux est donc bien placée sous la tête de rËppuse, qui incline son front, c'est-à-dire son intention, pour l'empêcher de dévier et de descendre vers les désirs charnels et séculiers ; car le corps corruptible appesantit l'âme, et cette demeure terrestre affaisse l'esprit par la multiplicité des soins qui l'agitent *. Et n'est-ce pas là le fruit de la considération d'une si grande miséricorde, d'un amour si gratuit et si bien prouvé, d'une bonté si inespérée, d'une douceur si infatigable, et d'une mansuétude si étonnante? Quel doit être le résultat de ces considérations, sinon d'arracher à tout amour coupable le cœur qui s'en pénètre, de le ravir de le toucher, et de lui inspirer le mépris de toutes les misères, dont le désir serait lui-même un mépris de ces grandes pensées? A l'odeur de ces parfums l'épouse court donc joyeuse et éprise d'un ardent amour. Objet d'une telle affection, elle croit aimer trop peu, même lorsque son cœur se fond d'amour. Elle a raison. Quel retour envers ce saint amour, si une petite poussière se consume d'affection pour la Majesté qui l'a prévenue, et s'est dépensée toute entière à l'œuvre de son salut ? Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique • ; c'est du Père dont parle l'Évangéiiste : // a livréson âme à la mort *: il parle du Fils sans aucun doute. Et il dit aussi du Saint-Esprit : L'Esprit consolateur que mon Père envoie en mon nom^ vous enseignera toutes choses et vous suggérera tout ce que je vous aurai dit *. Dieu aime donc, et il aime de tout son être, puisque la Trinité tout entière aime ; si toutefois, on peut employer cette expression tout entière^ quand on parle de rinflni, de l'incompréhensible, et de ce qui est absolument simple.