‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 273 sur 385 · Ces considérations montrent assez pour · texte numérisé non relu

Ces considérations montrent assez pour

* Ps. XV, H. — « Sag., IX, 15. — » Jean, m, !6. — • Isaïc, LUI, 2. — » Jean, xiv, 2G.

quoi il faut aimer Dieu, et quel titre il a à notre amour. Du reste, l'infidèle qui n'a pas le Fils, n'a ni le Père, ni TEsprit-Saint. Car celui qui n'honore pas le Fils, n'iionore pas davantage le Père qui l'a envoyé * ; il n'est donc pas surprenant qu'il aime moins celui qu'il connaît moins; il ne peut cependant ignorer qu'il se doit tout entier à celui qu'il sait être l'auteur de tout son être. Que ne lui dois-je donc pas, moi, qui dans mon Dieu, trouve non seulement le dispensateur gratuit de ma vie, son administrateur libéral, un doux consolateur, un guide plein de sollicitude; mais encore un rédempteur, un gardien, la source de toute richesse et de toute gloire ? En effet, il est écrit : En lui^ il y a une rédemption abondante * ; il est entré dans le Saint des Saints^ après avoir trouvé une étemelle rédemption*. Du bienfait de la conservation, il est dit : // n'abandonnera pas ses saints; il les conservera à jamats \ Et au sujet des richesses qu'ils reçoivent de Dieu : // versera dans votre sein une mesure bonne ^ serrée^ entassée ^ pleine par-dessus les bords '; Lœil na pas uw, l'oreille n'a pas entendu^ le cceur n'a pas senti ce que Dieu a préparé d ceux qu'il aime • ; et de leur glorification il est dit : Nous attendons un Sauveur^ Notre-Seigneur Jésus • Christ^ qui réformera l'abaissement de notre corps^ sur le modèle de son corps glorieux ''. Les souffrances de cette vie n'ont aucun rapport avec la gloire future qui sera révélée en nous *. Et encore : Un moment de légère tribulation opère en nous un poids sublime et immense de gloire^ si nous con^ templonsy non les choses visibles, mais les invisibles •.

15. Que rendrai-je au Seigneur pour tout cela? La raison et la justice naturelle nous pressent de nous donner tout entier à celui de qui nous tenons tout, et de l'aimer de tout notre être. Mais la foi me fait, de cet amour, une obligation plus impérieuse, en m'apprenant à estimer Dieu plus que moi ; car elle me montre en lui un bienfaiteur qui ne s'est pas borné à me donner mon être, mais qui s'est donné luimême à moi. Le temps de la foi n'était pas venu; Dieu n'était pas apparu dans la chair; il n'était pas encore mort sur une croix, ni sorti du sépulcre, ni remonté vers son Père ; il n'avait pas encore déployé envers nous cette immense charité dont nous avons tant parlé ; et déjà il avait été ordonné à l'homme d'aimer

* Jean, v, 23. — « Ps. cxxix, 7. — » nébr.. ix, i2. — * Ps. XXXVI, 28. — s Luc, VI, 38. — « I Cor., ir, 9. — f Philipp., iii, 20, 21. — « Bom., viii, 18.— » H Cor., iv,

TRAITÉ DE L'AMOUR DE DIEU

le Seigneur son Dieu, de tout son cœur, de toute son âme, et de toutes ses forces ^ ; c'està-dire, de tout son être, de toute sa. science, de toute sa puissance. Dieu, cependant, n'est pas Injuste en réclamant son ouvrage et ses dons. Pourquoi l'ouvrage n'aimerait-il pasl'ouvrier, quand il en a la faculté? Et pourquoi ne mesurerait-il pas cette affection sur sa puissance, puisqu'il ne peut rien que par Dieu ? Ajoutez qu'il a été créé de rien, gratuitement, et dans une haute dignité ; ce qui rend plus évidente l'obligation de l'amour, et justifie les exigences divines. Combien Dieu a^t-il ajouté à ces premiers bienfaits, en sauvant les hommes et les animaux, dans l'immensité de sa miséricorde *! C'est de nous que je parle, de nous qui avons quitté notre gloire pour devenir semblables à ta bête qui broute l'herbe des champs ', et que le péché a assimilés aux animaux sans raison *. Si je me dois tout entier au Dieu qui m'a fait, que lui dois-je pour m'avoir relevé et refait de cette façon? Car il était plus difficile de me relever que de me créer ; ce n'est pas de moi seulement, c'est de toutes les œuvres de Dieu qu'il est écrit : // a dit^ et elles ont été faites •. Hais celui qui m'a donné l'être d'une seule parole, pour me restaurer, a dû multiplier, non-seulement les paroles, mais les miracles, et les soufiVances ; que dis-je les soutfrances? Il lui a fallu s'assujettir à des traitements indignes. Que rendrai-je donc au Seigneur pour tous ses bienfaits *? Dans son premier ouvrage, il m'a donné à moi-même ; dans le second, il s'est donné, et en se donnant il m'a rendu à moi-même. Donné et rendu^ je me dois donc deux fois. Et que rendrai-je au Seigneur pour le don qu'il m'a fait de lui-même? Eh ! quand je pourrais me donner mille fois , qui suis-je auprès de Dieu ?

Page 1