‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 274 sur 385 · PRÉCÈDE · texte numérisé non relu

PRÉCÈDE

16. Voyez d'abord dans quelle mesure, Dieu mérite d'être aimé de nous, ou plutôt, considérez qu'il doit l'être sans mesure ; lui (reprenons brièvement ce que nous avons dit), lui qui nous a aimés le premier, immensément et gratuitement, malgré sa grandeur, et malgré notre petitesse. C'est ce que je prétendais en

* Deuter, vi, 6. — 'Ps. xxxv, 7, 8. — • Ps. XLviu, i3.

— * Ps. CXLYUIi 5. — * Ps. CXV, 12. — * Ps. CXLVI, 5.

commençant, quand je soutenais que la me* sure de l'amour de Dieu, c'est de l'aimer sans mesure. Ensuite, l'amour qui a Dieu pour objet, s'adressant à l'immense et à l'infini (et Dieu est l'un et l'autre) quel peut être le terme, ou quelle doit être la mesure de notre amour? Et puis, notre amour n'est pas gratuit ; il est dû et obligatoire. C'est donc l'immensité qui aime, c'est l'éternité, c'est une charité infinie, c'est un Dieu dont la grandeur est sans limites ^ ; la sagesse sans nombre* ; dont la paix surpasse toute intelligence ' ; et nous le payerions, nous bornés en tout? Ah ! je vous aimerai,Seigneur,vous ma force, mon soutien, mon refuge et mon libérateur^ : vous qui êtes pour moi tout ce qu'il y a de plus désirable et de plus aimable. Mon Dieu, mon aide, je vous aimerai pour vos dons, et dans une mesure inférieure à ce que je vous dois, mais non inférieure à mon pouvoir. Si je ne puis faire tout ce que je dois, mes forces n'excèdent pourtant pas mon pouvoir. Je pourrai davantage si vous daignez me donner davantage; mais vous ne me donnerez jamais de pouvoir ce que vous méritez. Vos yeux ont vu mon imperfection ; et cependant, tous seront écrits en votre livre ^ , s'ils font ce qu'ils peuvent, encore qu'ils ne puissent tout ce qu'ils doivent.On voit assez, je crois, de quelle manière on doit aimer Dieu, et comment il le mérite. Je dis comment il le mérite ; je ne dis pas à quel point. Car qui le sait? qui le dira? qui le sent?

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