‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 277 sur 385 · DU SECOND ET TROISIÈME DEGRÉ D'AXOUR · texte numérisé non relu

DU SECOND ET TROISIÈME DEGRÉ D'AXOUR

26i L'homme aime donc Dieu ; c'est encore en vue de lui-même, et non de Dieu. Il y a déjà toutefois, une certaine sagesse à savoir ce que vous pouvez par vous, et ce que vous pouvez par Dieu, et à vous garder sans otTense visà-vis de celui qui vous protège. Mais viennent fréquemmentdes tribulations qui vousobligent à vous tourner souvent vers Dieu, et qui attirent sur vous des secours réitérés; votre cœur fût-il de fer, votre poitrine de bronze, vos entrailles dures comme le rocher, ils s'attendriraient nécessairement, sous la grâce qui vous sauve, et ne iinirez-vous pas par aimer Dieu, non-seulement pour vous, mais pour lui? Ces besoins fréquents, obligeant l'homme à recourir sans cesse à Dieu, font que par ce commerce continuel, il goûte Dieu, et qu'en le goûtant, il éprouve combien le Seigneur est doux; et, ce sentiment des douceurs divines développe plus en lui l'amour que toutes les contraintes de la nécessité. Les Samaritains disaient à cette femme, messagère auprès d'eux de la venue du Christ : Nous ne croyons plus sur votre parole; nous Pavons entendu nous-mêmes et nous savons qu'il est le Sauveur du monde V Et nous, à leur exemple, nous adressant à notre chair, nous pouvons lui dire : Ce n'est plus la nécessité à laquelle tu nous assujettis, qui nous fait aimer Dieu ; nous l'avons goûté, et nous savons que le Seigneur est doux. Les nécessités de la chair sont en effet une sorte de langage, par lequel elle se plaît à proclamer les biens que l'expérience lui a fait connaître. Une ame ainsi disposée ne trouvera pas l'amour du prochain difficile. Elle aime vrai-

> Ps. xLix, 15.— * ieao, iv» 42.

ment Dieu, et par conséquent tout ce qui est de Dieu ; son amour est pur, elle obéit donc aisément à un précepte pur, et comme cela est écrit, elle purifie encore davantage son cœur par une obéissance d'amour ^ Elle aime justement, et embrasse volontiers un commande» ment juste ; cet amour est aussi reconnaissant, car il est gratuit. Il est vrai, il ne se borne pas à des paroles, il se prouve par des œuvres. Il est juste, car il se donne comme il a été reçu ; car celui qui aime ainsi, aime comme il a été luimême aimé ; il ne cherche pas ses intérêts, mais ceux de Jésus-Christ; c'est ainsi que Jésus-Christ a cherché non ses intérêts, mais les nôtres, ou plutôt nous a cherchés nousmêmes. Tel est l'amour de celui qui s'écrie : Louez le Seigneur^ car il est bon*. Louer le Seigneur d'être bon, non pour nous, mais en luimême, c'est aimer Dieu pour lui et non pour nous; mais tel n'est pas l'amour dont il est dit : // vous louera quand vous Vauret comblé de biens ' ? Et voilà le troisième degré d'amour qui nous fait aimer Dieu pour lui-même.

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