‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 281 sur 385 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

m LA LOI ra LA VOLONTÉ PEOPRB BT PB LA CUPIDITÉ, QUI €M)UYEANB LES ESCLAVES ET LES HEEGBNAIEBS.

36. Du reste , l'esclave et le mercenaire ont aussi leur loi, qui ne vient pas de Dieu, mais qu'ils se sont faite à eux-mêmes, l'un en n'aimant pas Dieu, l'autre en aimant quelque chose plus que Dieu. Ils ont, dis-je, leur loi, qui sans être celle du Seigneur, lui reste pourvut soumise. Us ont bien pu, en effet,se donner une loi; mais ils étaient impuissants à la soustraire à l'ordre immuable de la loi éternelle. Et quand je dis qu'ils se sont fait une loi, je veux dire que chacun à préféré sa volonté propre à la loi générale et éternelle, par une criminelle imitation de son créateur. Et, comme Dieu est à lui-même sa loi, qu'il ne relève que de lui, eux aussi ont prétendu se régir seuls, et prendre leur volonté pour règle. Voilà le joug pesant et insoutenable mis sur tous les fils d'Adam, qui courbe, hélas I nos fronts, et rend notre vie voisine de l'enfer *. Homme malheureux que je suis 1 qui me délivrera de ce corps de mort ' qui m'accable,

A Jean, !▼, 8.— * Pi. Lxxivii, 4.— > Rom » tif, S4

qui m'écrase, au point que, sans l'aide de Dieu, mon âme habiterait déjà l'abîme *? Il gémissait sous ce cruel fardeau, celui qui disait : Pour^ quoi m*aooir établi votre adversaire? Pourquoi suis-Je devenu à charge à moi-même f En disant : je suis à charge à moi-mime^ il montre qu'il était sa loi, et qu'il ne devait cette charge à personne. Si, en s'adressant à Dieu, il a commencé par dire : Vous m*avez établi contraire d vous, c'est pour indiquer qu'il n'a pas échappé pourtant à la loi divine. C'est, en effet, une conséquence de cette loi étemelle et juste, que l'âme qui a rejeté la douce autorité de Dieu, tombe sous le dur empire d'elle-même ; et qu'ayant secoué le joug suave et le fardeau léger de la charité, elle se trouve contrainte à subir l'insupportable fardeau de la volonté propre. C'est donc d'une façon admirable et juste que la loi éternelle tient son fugitif à la fois révolte et soumis : puisque d'une part il n'a pas échappé à la loi de justice qu'il mérite, et que de l'autre, il n'a pu demeurer avec Dieu, dans sa lumière, son repos, sa gloire : le voilà assujetti à la puissance, et écarte de la félicite. Seigneur, mon Dieu I pourquoi n'ôte%' vous pas mon péchés et n'enlevez-^vous pas mon iniquité *, afin que débarrassé de cette charge de la volonte propre je respire sous le doux fardeau de la charité et qu'affranchi de la crainte servile, soustrait à la cupidite mercenaire, j'aie enfin,pour me conduire, votre esprit,cet esprit de liberté, guide de vos fils, qui me rendra le temoignage que je suis de ce nombre ' , quand votre loi sera devenue la mienne, et que je serai dans le monde comme vous y êtes vousmême? car ceux qui pratiquent ce mot de l'Apôtre : Ne devez rien à personne sinon Famour quon se doit mutuellement ^ , sont certainement dans ce monde à la façon de Dieu. Ils ne sont pas esclaves, ils ne sont pas mercenaires : ce sont des enfants.

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