‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 282 sur 385 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

DE LA LOI DE CHAE!^^ PEpPRE AUX EEFAHTQ.

37. Les enfants ne sont pas sans loi, a moins que pour être d'un avis opposé, on ne s'autorise de ce texte : La loi nest pas établie pour les justes *. Hais sachons, qu'autre est la loi de crainte promulguée par l'esprit de servitude, et autre la loi de douceur donnée par l'esprit de liberte. Les enfants ne sont pas assujettis à

» Pi. xaii,17.— • Job, Yii, 20, 21.— » Ronu, vin, 14, 16. ^ Ibid., Yill, 8.— » I Tim , 1, 9.

TRAITÉ DE L'AMOUR DE DILU

la première, mais ils ne sont pas affranchis de l'autre. Voulez-vous voir que la loi n'est pas établie pour les justes ? Vous n*atez pos reçu d. nouveau^ dit l'Apôtre, Ve$prit de servitude et de crainte. Et voulez-vous apprendre en même temps qu'ils ne sont pas affranchis de la loi de charité? Vous avez reçu^ poursuit-il, Ve prit d'adoption des enfants '. Enfin, écoutez le Juste même avouerque, pour n'être pas sous la loi, il n'est pas sans loi : J'ai vécu avec ceux qui sont sous la hiy comme si j'eusse encore été sous la loi, bien que je n^y fusse plus assujetti^ et avec ceux qui étaient sans /oi, comme si j'eusse été aussi sous la loi, quoique j'en eusse une à l'égard de Dieu^ ayant celle de Jésus-C/irist*. C'est pourquoi il est inexact de dire : Les justes n'ont pas de loi, les justes sont sans loi ; il faut dire : La loi n'a pas été établie pour les justes^ c'est-à-dire, elle ne leur a pas été imposée malgré eux ; elle a été donnée à leur volonté, avec une libéralité qui est le résultat d'une douce inspiration. Aussi le Seigneur dit-il cette belle parole : Prenex mon joug sur vous*\ comme s'il disait : je ne vous l'impose pas contre votre gré, prenez-le si vous VQulez, sinon, au lieu du repos de votre âme, vous ne trouverez que malaise.

38. La charité est donc une loi bonne et douce, dont la charge n'est pas seulement légère et suave à porter, mais rend aussi légères et, faciles les lofs des esclaves et des mercenaires; elle ne les détruit pas, elle aide à les observer, le Seigneur disant : Je ne suis pas venudétruire la /oi, mais f accomplir ^.El\e adoucit la première, elle règle la seconde, elle les allège toutes les deux. La charité ne sera jamais sans crainte, mais une crainte chaste ; sans un sentiment intéressé, mais un sentiment bien réglé. La charité accomplit donc la loi servile» en répandant la dévotion dans le cœur ; elle accomplit la loi mercenaire, en donnant la règle à la cupidité. Or, la dévotion mêlée à la crainte, l'épure sans la détruire ; elle fait uniquement disparaître le châtiment qui en était inséparable tant qu'elle était servilë ; la crainte chaste et filiale subsiste à jamais. Car, s'il est dit que ta charité parfaite chasse la crainte ',ilfaut entendre la crainte du châtiment qui, nous l'avons dit, est toujours unie à la crainte servile, selon cette manière de parler, qui emploie la cause pour l'effet. Ensuite, la charité règle la cupidité ; elle écarte de nos désirs ce qui est mal; elle donne la préférence au mieux

* Ro!n.,Yiii, 15.— • I Cor., iz,21.— » Matth., xr, 19.— * Ibid., y, 17.— » I Jean, iv, 18.

sur le simple bien, et elle ne laisse déi^irer le bien qu'en vue du mieux. Et(|uand le résulUt est obtenu, par la grâce de Ditu, le corps et tous les biens qui s'y rapportent ne serout plus aimés qu'en vue de l'âme, l'âme pour Dieu, et Dieu pour lui-même.

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