‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 293 sur 385 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

LA RESSEMBiANCB DE l'IMAGE DE DIEU EST RÉPARÉE EN NOUS PAR JÉSUS-CHRIST.

32. Il y a plus : cette divine ressemblance ne pourrait même se trouver en cette vie, et cette belle image serait encore hideuse et toute difforme, si la femme de l'Évangile n'eût allumé sa lampe, si la Sagesse incréée, rendue visible dans la chair, n'eût balayé la

1 Sap., I, 4.

demeure du péché et recherché avec soin la dragme qu'elle avait perdue S je veux dire son image dépouillée de sa beauté naturelle , souillée sous les fanges du péché, et comme perdue dans l'ordure et la poussière. Après ravoir retrouvée , elle l'a nettoyée et tirée de cet état de dissemblance dans lequel elle était tombée; puis, lui ayant restitué sa première beauté, elle l'a rendue toute resplendissante, comme les saints, dans la gloire éternelle, ou même parfaitement semblable à elle-même, pour accomplir cette parole de l'Écriture : Nous sommes assurés que^ lorsqu'il se découvrira à nous, nous lui arons entièrement semblables, et le verrons tel qu'il est *. Il n'appartenait qu'au Fils de Dieu de travailler à cet ouvrage; Lui, la splendeur de la gloire et la flgure de la substance du Père, soutenant le monde par la seule vertu de sa parole, il possédait les deux qualités nécessaires pour réparer la difformité de cette image et pour fortifier sa faiblesse ; la spleur deur de sa gloire pouvait dissiper les ténèbres du péché et la rendre, par ce moyen, plu» sage et avisée , et la vertu de sa parole la rendait forte et puissante, pour résister coura* geusement à la tyrannie du démon.

33. Ce divin Modèle, auquel le libre arbitre devait se conformer, descendit lui-même du ciel en terre : il convenait, en effet, que le libre arbitre fût rétabli en sa première beauté par Celui qui lui avait donné sa première forme. Ce modèle, c'est la Sagesse éternelle, et la conformité de la copie et de l'original consiste en ce que l'image opère dans le corps ce que la Sagesse divine fait dans l'univers. Or, la Sagesse, est-il dit, agit avec force d'un bout jusqu'à Vautre^ et ordonne toutes choses avec douceur •. Elle agit d'un bout jusqu'à l'autre, depuis le plus hautdes deux jusqu'aux plus basses parties de la terre, depuis le premier des anges jusqu'au dernier vermisseau ; elle agit avec force, non pas certes par un mouvement successif, ou suivant l'étendue des lieux, ou bien seulement par le ministère officieux des créatures qui lui sont soumises ; mais par sa propre vertu substantiellemept présente en tous lieux, et qui meut, ordonne et gouverne toutes choses avec force et puissance. Cependant aucune nécessité ne la contraint; non-seulement elle fait tout sans peine et sans travail, mais elle ordonne tout avec douceur et une volonté parfaitement tranquille. Disons encore qu'elle agit ttun bout

*Luc, XV, 8.— * I Jean, iii, 2.— • Sap., via, i.

DE LA GRACE ET DU LIBRE ARBITRE

jusqu'à tautre^ c'est-à-dire depuis la naissance de la créature jusqu'à la fin marquée par son Créateur, soit que cette fin arrive par le cours ordinaire de la nature, soit qu'un accident inopiné, ou un effet particulier de la grâce l'avance. Elle agit aussi avec force ^ puisque rien n'arrive que selon sa volonté et par l'ordre exprès de sa Providence toute-puissante.

34. Que le libre arbitre domine donc le corps de la même façon que la sagesse préside dans l'univers, et qu'à son exemple il agisse fortement d'un boutjusquà l'autre; c'est^ à-dire, qu'il commande à tous ses sens, à tous ses membres, avec un empire qui ne laisse pas le péché régner sur ce corps mortel, ni ses membres servir à l'iniquité, mais qu'il les mette au service de la vertu et de la sainteté. Ainsi rhomme ne se sera plus esclave du péché, puisqu'il ne l'aura point commis ; délivré de sa tyrannie, il commencera à recouvrer la liberté de conseil et à reprendre son ancienne dignité; en même temps il revêtira la ressemblance conforme à cette image de Dieu qui est en lui et reprendra sa première beauté. Hais surtout qu'il agisse en tout cela, avec autant de douceur que de force , c'est-à-dire sans tristesse et sans contrainte : c'est le commencement de la sagesse, mais non la perfection; quil y mette une volonté prompte et joyeuse, qui rend notre sacrifice agréable à la- divine Majesté, suivant cette parole de l'A-pôtre : a Dieu aime celui qui donne avec joîe^ 9. Ainsi, l'homme résistant fortement à tous les vices et jouissant doucement du repos de sa conscience, se rendra, en toutes choses, parfait imitateur de la Sagesse divine.

35. Hais si nous avons besoin de son exemple, pour aspirer à cette vie divine, son secours nous est aussi nécessaire pour lui devenir entièrement conforme, et pour être transformé à son image, de clarté en clarté, par l'Esprit du Seigneur*. Or, si c'est par l'Esprit du Seigneur, ce n'est point par. le libre arbitre. Oue personne donc ne s'imagine que le libre arbitre soit ainsi appelé, parce qu'il a le pouvoir ou la faculté de se porter également au bien ou au mal ; de lui-même il a pu tomber dans le mal, mais il ne peut s'en relever que par rCsprit du Seigneur. Autrement, comme Dieu et les saints anges sont affermis dans le bien, sans pouvoir jamais se porter au mal, et les anges rebelles si bien engagés dans le mal, quils sont incapables de s'éleTer jusqu'au

« n Cor., IX, 7.— ^ Ibid., m.

bien ; il faudrait dire que ni les uns ni les autres ne jouissent du libre arbitre ; que nous-mêmes nous le perdrons après la résurrection, lorsque nous serons inséparablement mêlés, les uns à la société des bons, et les autres à celle des méchants. Il est certain , pourtant, que ni Dieu ni le démon ne sont privés du libre arbitre ; ce n'est pas une nécessité de faiblesse ou d'impuissance, mais une ferme volonté et une fermeté volontaire dans le bien, qui empêche Dieu d'être méchant ; d'un autre côté , ce n'est point une force étrangère et violente, mais la volonté opiniâtre du démon et son opiniâtreté volontaire dans le mal, qui le rendent incapable de se porter au bien. Le libre arbitreest plus probablement ainsi appelé, parce qu'il rend la volonté également libre, soit dans le bien, soit dans le mal ; et personne ne peut et ne doit être réputé bon ou mauvais que par sa volonté ; ce qui permet de dire qu'il se porte également au bien et au mal, c'est que, des deux côtés, il y a une même liberté dans la volonté, sans qu'il y ait égale facilité dans l'élection.

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