‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 298 sur 385 · PMttme crr, iS, 13.^ » ibid · texte numérisé non relu

PMttme crr, iS, 13.^ » ibid

s Psaume cxiir« •i^irf.-'Rom.,

par Jésus-Christ, dans l'esprit de liberté ; afin d'être, en troisième lieu, consommés et fixés avec lui, dans un état étemel; Ce qui n'était point a dû être créé en celui qui était : ce qui était difforme a dû être réformé par Jésus- Christ, et les membres ne peuvent recevoir leur dernière perfection qu'avec Jésus-Christ, leur chef. Hais tout cela ne s'accomplira parfaitement que lorsque nous serons tous parvenus à cet âge de plénitude de Jétus-Christ, qui rend Phomme parfait^, et que Jésus-Christ, notre vie^ venant à se manifester a nous, nous serons aussi manifestés avec lui, dans la gloire*, La consommation ne devant point s'accomplir par nous, mais seulement en nous, et la création s'étant faite sans nous, la seule réparation opérée en quelque sorte avec nous, par le consentement de notre volonté, nous est imputée à mérites. Ces mérites sont nos jeûnes, nos veilles, notre continence, les œuvres de miséricorde, et toutes les autres pratiques de vertu, parles^ quelles l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour, à mesure que nos intentions, courbées vers la terre par les soucis continuels des choses de cette vie, se relèvent vers le ciel; à mesure que nos affections languissantes se fortifient par l'amour spirituel, et que notre mémoire, dégagée des fanges de la vie passée, devient chaque jour plus pure et plus joyeuse, au souvenir de nos bonnes actions. Car c'est en ces trois choses que consiste le renouvelle^ ment intérieur, la droiture de l'intention, la pureté de l'affection, et le souvenir des bonnes oeuvres, dont la conscience remplit la mémoire de vives lumières.

50. Or, comme ces choses sont vraiment des dons de Dieu, puisqu'elles sont opérées en nous par l'Esprit divin, elles sont aussi nos mérites, grâce au consentement de notre volonté. Ce n'est point vous qui parlez, ditNotre- Seigneur à ses apôtres, c*est l'Esprit de votre Père qui parle par votre bouche* ; et saint Paul : Voulez-vous une preuve que Jésus-Chnst parle en moi ^? Si donc Jésus-Christ, ou le Saint Esprit parle, en la personne de saint Paul, pensezvous que ce ne sont pas eux qui agissent aussi en lui ? Je ne parle point des choses que Dieu a faites par moi *. Mais qiioi I si les {jaroles et les œuvres de saint Paul ne sont pas de lui, mais de Dieu qui parle en lui, où sont donc les mérites de saint Paul? Sur quoi sera fondé ce qu'il dit avec tant de confiance? J'ai combattu un bon combat; j'ai

1 Epbés.. IV, 13. — * Colos., in» 4. — * Mattlt, x, 20.-« *]I Cor., XIII, 3.*- •Rom., xt, 18

ochevé ma course; fat gardé la fidélité ; j'aitendg la ctntrmne de justice gui m'est réservée^ et que le Seigneur^ juge équitable^ me doit rendre en ce jour^. Croyez vous qu'il attende cette couronne des bonnes œuvres opérées par lui? Nullement. Car nous voycms d'innombrables bonnes œuvres faites par les mauvais anges, et par des hommes criminels, qui pourtant ne leur serviront point de mérites. Ce qui motive son espérance, n'est-ce pas plutôt que ces œuvres sont opérées avec lui, c'est-àdire, avec sa bonne volonté ? Car^ dit-il, si je prêche V Evangile à regret ^ je m' acquitte seulement de la c mmission qui m'a été donnée ; mais si je le prêche de bon cœur^ il m'en revient une grande gloire*.

51. Enfin, si cette volonté même, de laquelle dépend tout le mérite, ne vient pas de saint Paul, comment appelle-t-il cette couronne qu'il prétend lui être réservée, une couronne de justice ? Dirons-nous qu'on a droit de demander, comme une chose justement due, tout ce que l'on nous a promis, sans y être obligé et gratuitement^ Je «aw, dit-il, en qui je me suis confié, et je suis assuré qu'il me gardera mon dépôt *. Il appelle la promesse de Dieu son dépôt, et il demande hardiment l'exécution de la promesse divine, en vertu de la confiance qu'il a mise en elle. Il sait bien que cette promesse n'a été faite que par la miséricorde, et il ne doute pas néanmoins qu'elle ne doive s'exécuter en vertu d'une obligation de justice. Ainsi la couronne que saint Paul attend est bien une couronne de justice, mais d'une justice qui

« I Tim., VI. 7, 8. — < I Cor., ix, 17. — » II Tim., ■; 42.

vient de Dieu et non de saint Paul. Il est juste en effet que Dieu paie ce qu'il doit, et il doit ce qu'il a promis; or cette promesse de Dieu est la justice sur laquelle l'Apôtre s'appuie. S'il voulait établir sa justice propre, sans connaître, celle de Dieu, il ne serait pas soumis à la justice de Dieu, dont Dieu même l'a voulu rendre participant, afin de lui donner le moyen d'en mériter la couronne. Dieu l'a admis à partager sa justice, et Ta rendu digne d'en mériter la couronne, quand il a daigné le prendre pour coadjuteur dans les œuvres auxquelles il avait promis la couronne. Et il l'a fait son coadjuteur, en lui donnant la volonté, c'est-à-dire, lorsqu'il l'a rendu soumis et conforme à sa divine volonté. Ainsi la volonté lui est donnée comme secours, et ce secours lui est imputé à mérite. Si donc la volonté vient de Dieu, il faut aussi que le mérite en vienne : et il est incontestable que le vouloir et le faire sont de véritables effets de la pure bonté de Dieu. Dieu est donc Fauteur du mérite, puisqu'il applique la volonté à la bonne œuvre, et qu'il découvre le bien à la volonté. Si nous voulons donner des noms plus significatifs aux actions que nous appelons mérites, on peut dire que ce sont des semences de notre espérance, des motifs de charité, des marques d'une secrète prédestination, des pré* sages de notre félicité future, le chemin du royaume céleste, mais non pas la cause qui nous y fait régner. Et en un mot, pour finir avec saint Paul, ce ne sont pas ceux qu'il a trouvés justes, mais ceux qu'il a justifiés, que Dieu glorifie dans Féternité '.

^ Rom., viii, 30.

Fin BU TBAITi DU LIBR8 ARBITRE*

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