CHAPITRE V
IL DÉFEND UNE OPINION ÊMISB PAR LUI , HAIS QUI AVAIT ÉTÉ UAL ENTENDUE, A SAVOIR QUE LE DESSEIN DE L'INCARNATION DU VERBE, AVAIT ÉTÉ CACHÉ AUX ANGES.
i8. A la fin de votre lettre, vous me dites, en ami, que quelques personnes se sont formalisées d'une opinion que j'ai avancée, lorsqu'expliquant un endroit de l'Évangile de saint Luc', j'ai dit que le dessein de Dieu touchant l'Incarnation n'avait été révélé à aucun des Anges bienheureux, avant de l'être à la Vierge. Premièrement, ces personnes peuvent remarquer qu'elles n'ont pas, ce me semble, grand sujetde s'émouvoir, puisque je ne donne pas mon opinion pour certaine, mais avec un certain tempérament, la suspendant sous cette particule disjonctive, om. C'est pour cela, dis-je, qu'il est expressément spéciflé a Deo^ de la part de Dieu. Car, après avoir rapporté une des causes qui me portaient à croire que l'Evangéliste après avoir dit que Vunge Gabriel fut envoyé^ avait ajouté de la part de Dieu ', j'en ai encore ajouté une autre, avec un second correctif, et une disjonction, afin de n'être point obligé de la soutenir, et de laisser au lecteur la liberté de choisir l'opinion qui lui plairait davantage. Si donc. Tune des deux peut se soutenir, pourquoi m'attaquer sur l'autre, puisque n'en soutenant pas une en particulier, je les livre toutes les deux au jugement du lecteur? Cependant, quand je soutiendrais que les Anges avaient jusque-là ignoré le dessein de Dieu, non en ce qui était d'opérer un jour le salut des hommes sur la terre, par le mystère de l'Incarnation du Verbe (ce que des mortels avaient pu connaître et prédire], mais en ce qui regardait le temps, le lieu, la manière, et surtout la Vierge que Dieu a\ait choisie pour l'accomplissement de son dessein; quand,
< I Cor., n, 8. — < Serm. !•'. Supermissus e^/. — > Luc, 1,26.
dis-je, j'aurais cru et écrit que les saints Anges n'ont peint connu ce dessein de Dieu, ainsi entendu, je ne vois, en vérité, aucune raison qui rende mon assertion insoutenable. Certes, on est libre d'abonder en son sens, quand il s'agit d'un sentiment qui n'est ni contraire à une raison convaincante, ni injurieux pour aucune autorité.
i9. Quelle raison ou quelle autorité m'oblige, en effet, de croire que les Anges ont connu autrefois le temps, dont l'Apôtre a dit: Lorsque la plénitude du temps fut venue, Dieu a envoyé son Fils^ qui a été fait d'une Vierge^ et soumis à la loi ^ ? Il me semble bien plus croyable que, comme ils ignorent entièrement le jour d€ son dernier avènement, ils n'ont aussi eu nulle connaissance du premier *. Car qui sait si la Sagesse de Dieu n'a point dit d'une manière spirituelle aux Anges, au sujet de premier avènement, ce qu'elle a répondu aux Apôtres, au sujet du second, par l'organe de la chair dont elle s'est revêtue : Ce n'est pas à vous à savoir les temps et les moments que le Père a réservés à sa puissance '? Quelle nécessité m'oblige à croire que les Anges aient connu la ville de Nazareth, avant d'avoir vu l'ambassade de cet archange envoyé pour saluer la Vierge en ce lieu, et lui annoncer son divin enfantement? Car, quant au choix de Bethléem pour lieu delà naissance du Christ, et de Jérusalem pour théâtre de sa Passion, les prophètes en avaient eu connaissance, et l'avaient prédit ouvertement. Mais, quoique Nazareth eûtaussi été destiné d'avance comme le lieu de sa conception, je crois toutefois que les prophètes ne l'avaient point connu, comme les deux premiers, dont nous avons des témoignages évidents dans l'Écriture. Car si nous lisons, qu'il sera appelé Nazaréen *; il est clair que l'Évangéliste, qui a tiré ce passage du Prophète, a moins prétendu le rapporter à sa conception qu'à son éducation, parce que J.-C. fut ramené d'Egypte en ce lieu, et y fut élevé. Les Juifs dirent à Nicodème : Cherchez soigneusement, ef voyez qu'il ne vient point de prophète de Galilée *. Or, ils parlaient à un homme qui savait la loi, qui était docteur en Israël, et qui ne pouvait ignorer tout ce qui était de cette doctrine. Pourtant, ils argumentaient fortement et hardiment contre lui, en lui faisant voir que le^ Écritures ne disaient point que Jésus-Christ vînt de Galilée, dont Nazareth était une ville assez connue. Ils préféraient recourir au té-
1 Gai, IV, 4.
«Matth., II, 1. •
s Matlh., xziv, 36.
> Jean, vu, 52.
» Act. I, 7.