CHAPITRE II
DANS LA TRINITÉ, IL NE FAUT ADMETTRE AUCUNE DIFFÉRENCE, HAIS UNE ÉGALITÉ PARFAITE ET UNIVERSELLE.
4- Votre Sainteté voit comment^ par ces rêveries, plutôt que par les arguments de ce novateur, la Trinité et l'unité sont détruites, et la Majesté divine blaspbémée. Car, quel que soit Dieu, il est indubitablement ce qui se peut concevoir de plus grand '. Si, venant à considérer les personnes de cette unique et souveraine Majesté, nous y admettons quelque inégalité, en donnant à l'une ce que nous retranchons à l'autre ; le tout est certainement moindre que cet autre tout, au-dessus duquel on ne peut rien imaginer. D'autant plus qu'on ne saurait douter que le tout, qui est grand absolument, ne le soit plus que celui qui ne l'est qu'en partie. Or, il a, autant qu'il peut, une idée digne de la magnificence divine, celui qui ne conçoit rien d'inégal en Dieu, où tout est souverainement grand ; rien de divisé, là où tout est parfaitement un ; rien de séparé, là où tout est absolument entier ; enfin rien d'imparfait et de défectueux, là où tout forme un tout parfait et absolu. En effet, le Père est tout comme le Fils, et le Saint-Esprit; le Fils est tout ainsi que le Père et le Saint-Esprit ; et le Saint-Esprit est pareillement tout, comme le Pèreet le Fils. Et ce qui est admirable, c'est que ce tout est un seul et même tout, qui n'est ni plus grand dans les trois Personnes ensemble , ni plus petit dans chacune en particulier. La raison est, qu'elles ne partagent point entre elles
• s. Athan. Livre de CUniié de la Trinité.-^* Idée développée par saint Anselme surtoat dans le prosiogium. (Voir saint Anselme, par M. Georges Seigneur, tom. ii.)
séparément, ce vrai et ce souverain bien qui constitue tout leur être ; elles ne le possèdent point par participation, mais elles sont ce bien même parleur essence même. Si l'on dit, avec vérité, que l'une procède de l'autre, et que l'une a relation à l'autre, ce n'est pas qu'on veuille diviser l'unité; on veut seulement exprimer la distinction des personnes. Car. quoiqu'il soit très-exact et très-catholique, que dans cette ineffable et incompréhensible essence de la divinité, il y a un et un ', afin de distinguer les propriétés personnelles, toutefois il n'y a point une chose et une chose ", mais une seule et très- simple chose, en sorte que la confession de la Trinité ne préjudicie aucunement à l'unité de l'essence, pas plus que la confession de l'unité ne détruit les propriétés des personnes. Loin de nous donc cette détestable comparaison, ou pour mieux dire, cette dissemblance du genre et de l'espèce, aussi bien que celle du cachet d'airain avec l'airain dont il est fait, comme elle est loin de la règle de vérité ; d'autant plus que le rap* port de genre à espèce est un rapport d'inférieur à supérieur : et Dieu étant un en son essence, il ne peut y avoir de véritable relation entre une si grande égalité, et une si grande dissemblance. lien faut dire autant de l'airain et d'un certain airain, qui n'est autre que le cachet même, puisqu'Abailard n'emploie cette seconde comparaison que pour servir de preuve à la première. L'espèce, je l'ai déjà dit, étant moindre que le genre, puisqu'elle lui est inférieure, il ne faut pas croire que cette diversité se trouve entre le Père et le Fils; nî dire, avec ce novateur, que le Fils est à l'égard du Père, ce que l'espèce est à l'égard du genre, l'homme à l'égard de l'animal, le cachet de cuivre à l'égard de sa matière, et une certaine puissance à l'égard de la puissance même. Car toutes ces choses ont entre elles, par leur propre nature, une telle liaison, qu'elles renferment nécessairement une relation d'infériorité et de supériorité. Par conséquent, on ne doit admettre aucune ressemblance de ces choses avec cet Être très-simple, en qui il n'y a rien d'inégal« ni de dissemblable. Vous remarquerez aisément que l'invention de ces comparaisons ne peut venir que d'une prodigieuse ignorance ou d'une extrême impiété.
1 Une personne et une penionae (pluralité) — * Ebsence, substance (unité).
S. Beum. — Tou.ii.