A PIERRE, ABBÉ DE CLÇNT
Il invite Pierre à assister è rassemblée de Chartres, où Ton doit délibérer sur les secours à porter à TÉglise d'Orient.
A son três-tendre père Pierre, par la grâce de Dieu vénérable abbé de Cluny, le frère Bernard, de Clairvaux : le salut et les prières qu'il peut faire.
1 . Je pense que les tristes et trop lamentables gémissements de l'Église d'Orient * ont frappé vos oreilles et même ont pénétré jusqu'au fond •de votre cœur. Il est juste, en effet, que vous manifestiez les sentiments d'une grande compassion, proportionnée à votre propre grandeur, pour la Mère de tous les fidèles, qui est aussi la vôtre, surtout à un moment où elle est si profondément affligée et exposée àde si graves périls. Il est juste, dis-je, que le zèle de la maison de Dieu vous dévore d'autant plus que, par la volonté de Dieu, vous y occupez une place plus élevée. Autrement, si nous fermons nos. entrailles, si nous endurcissons nos cœurs, si nous tenons peu de compte de cette blessure et que nous ne nous affligions pas d'un tel abaissement, que devient notre amour pour Dieu, notre affection pour le prochain? Bien plus, si nous ne travaillons pas avec toute la sollicitude possible à prendre des mesures et à apporter un remède à de si grands maux et à de si grands périls, comment ne serons-nous pas convaincus d'ingratitude envers Celui qui, durant les mauvais jours, nous a cachés dans son tabernacle, et ne mériterons-nous pas une punition d'autant plus sévère et d'autant plus juste que nous aurons montré plus de négligence pour la gloire de Dieu et pour le salut de nos ftères ? Nous avons cru devoir vous 'donner ces avis avec autant de confiance que de liberté, à cause de l'amitié que Votre Excellence daigne porter à notre indignité.
< L'Eglise d'Orient était dans la désolation à cause de la prise de U Tille d'Ëdesse par les infidèles en 1144.
2i Nos pères les évèques de France, conjointement avec le seigneur Roi et les grands, doivent se rendre à la ville de Chartres, le troisième dimanche après Pâques, et traiter ce sujet: que nous serions heureux de vous y voir I 11 est certain, en effet, que cette affaire demande les conseils les plus sages de tous les hommes considérables. Assurément, vous remplirez un devoir agréable à Dieu, si vous ne considérez point comme étrangère une question qui le concerne, et si vous montrez l'ardeur de votre charité dans les occasions et durant l'épreuve. Voussavez, en effet, très-tendre père, vous savez qu'un ami s'éprouve dans le besoin. Or nous sommes persuadé que votre présence donneraà cette délibération une grande inipulsion, tant à cause de Tautorité de la sainte Église de Cluny, dont Dieu vous a confié la direction, qu'à cause surtout de la sagesse et de la grâce qu'il vous a données pour l'utilité de votre prochain et pour sa propre gloire. Qu'il daigne encore aujourd'hui vous inspirer, afin que vous n'hésitiez pas à venir et que vous fassiez jouir de votre présence si désirable ses serviteurs rassemblés en son nom et par amour pour lui.