‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 310 sur 385 · EST UNE OPINION · texte numérisé non relu

EST UNE OPINION

9. Il ne faut pas s'étonner si cet homme, peu soucieux de parler à propos, voulant sonder la profondeur des mystères de la foi, se jetteet s'emporte avec si peu de respect, sur les sacrés trésors de la piété, puisqu'il a de si mauvais sentiments de cette foi et de cette piété. Dès le début de sa Théologie, ou pour mieux dire de sa stultologie, il définit la foi une opinion ' ; comme s'il était permis à chacun de croire et de parler, en cette matière, selon sa fantaisie ; comme si les mystères de notre foi dépendaient de l'incertitude des opinions des hommes, si légères et si diverses ; comme s'ils n'étaient pas fondés sur une vérité certaine et immuable. Si la foi est incertaine, notre espéiance est vaine et sans fondement. Nos martyrs étaient donc des insensés, eux qui ont souffert de si cruels tourments, pour des choses incertaines, et supporté un si long et si pénible exil, pour une récompense douteuse et problématique? Mais à Dieu ne plaise, que nous croyions, comme ce malheureux,qu*il y ait quelque chose de douteux dans notre foi et dans notre espérance ; nous savons au contraire, que tout y est appuyé sur la vérité solide et immuable, que tout y est vérifié par les miracles et les oracles divins, et que tout y est établi et consacré par l'enfantement de la Vierge, par le sang de notre Rédempteur, et par la gloire de Jésus-Christ ressuscité. Il n'y a rien de si croyable que ces témoignages divins. Hais, slls ne suffisent pas encore pour fixer nos doutes, voici le Saint-Esprit lui-même, qui nous rend ce témoignage, que nous sommes véritablement les enfants de Dieu.

^ Abail., ioc, ai., Lv. I.

Qui donc ose dire que la foi est une opinion, sinon celui qui n'a pas encore reçu le Saint- Esprit, qui ne sait pas l'Évangile, ou qui le prend pour une fable et pour une chimère? Je «aw, dit l'Apôtre, à gui fai cru^ et je suis certain \ Et cependant, je vous entends murmurer que la foi est une opinion : et vous me voulez présenter, comme une chose douteuse, celle qui a pour elle la plus grande certitude l Saint Augustin a d'autres sentiments : « La foi, dit-il, n'est pas une conjecture, ni a une simple opinion, dans le cœur de celui où a elle réside ; c'est une science très-certaine, « dont il reçoit les assurances par le témoi- « gnage de sa propre conscience, d Ne croyez donc pas que la foi chrétienne ait des limites si flottantes et si peu certaines. Ces opinions et ces incertitudes n'appartiennent qu'aux philosophes académiciens, qui font profession de douter de tout, et de ne rien savoir. Mais pour moi, je suis hardiment le sentiment du Docteur des Gentils, et je sais assurément que je ne serai point trompé. Et la définition qu'il donne de la foi me plait beaucoup, bien que notre novateur l'attaque indirectement. La foi^ dit saint Paul, est la substance des choses que Von doit espérer y et la preuve de celles qui ne sont point i;isibles *. Il dit qu'elle est la substance et le fondement de nos espérances, et non pas une vaine conjecture. Remarquez ce terme de substance : il vous défend de croire ou de disputer sur la foi, selon votre imagination, ou de flotter au gré de vos opinions, et à travers les sentiers de vos erreurs; puisque substance dit quelque chose de fixe et d'arrêté, et vous renferme dans des bornes et des limites précises : la foi est donc une certitude, et non une vaine opinion.

10. Mais remarquez d'autres erreurs. Je ne veux point parler ici de ce qu'il dit : que Notre-Seigneur n'a point eu l'esprit de crainte du Seigneur ; que l'on n'aura point dans le ciel cette chaste crainte ; que les accidents, qui restent, après la consécration du pain et du vin, demeurent suspendus en l'air ; que les suggestions des démons se font en nous par le contact de certaines pierres et de certaines herbes,dont ces malins esprits se servent adroitement, suivant la connaissance qu'ils ont de la vertu particulière, et des diverses propriétc^s de ces choses, pour exciter en nous différentes passions, et nous porter au péché ; que le Saint-Esprit est l'âme du monde ; que le monde, selon les idées de Platon, est

1 U Tim., 1, 12. — « Hébr., ii, i.

CONTRE CERTAINES ERREURS DE PIERRE ABAILARD

un animal, d'autant plus noble, qu'il a une âme plus excellente, qui est le Saint-Esprit. Il fait bien voir qu'il devient lui-même tout païen, en s'efforçant de montrer que Platon est chrétien. Mais, comme je l'ai déjà dit, je passe toutes ces choses sous silence, ainsi que plusieurs autres de cette nature, afin d'en Tenir à d'autres de plus grande importance ; non pas toutefois que je prétende répondre exactement à toutes ; pour en venir à bout, il faudrait des volumes tout entiers. Je me bornerai à celles sur lesquelles je ne puis absolument me taire.

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