‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 312 sur 385 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DIED n'a pas seulement USÉ DE MISER IGOBnE, HAIS AUSSI DE JUSTICE, DANS LE RACHAT DES HOMMES.

15. C'est donc la justice qui a réduitrhomme à la servitude, et la miséricorde l'en a délivré. Mais, dans cette miséricOide, la justice a eu sa place. C'est un effet de la miséricorde du Libérateur, s'il s'est servi de la justice plutôt que de sa puissance, pour combattre cet injuste usurpateur ; ce qui s'adaptait mieux aux moyens qu'il fallait prendre pour la délivrance d'un criminel. Qu'est-ce que rhomme pouvait faire de lui-même pour recouvrer la justice qu'il avait perdue, lui, esclave du péché, et captif du démon? Il fallait donc lui appliquer la justice d'un autre, puisqu'il n'avait plus la sienne propre ; ce qu^ est arrivé. Le prince de ce monde est venu ; et il n'a rien trouvé dans le Sauveur des hommes qui lui pût appartenir; et parce qu'il a mis injustement ses mains sacrilèges sur cet Innocent, c'est très-justement qu'il a perdu les criminels qu'il tenait sous sa domination. Celui qui ne devait à la mort aucun tribut, ayant accepté volontairement rignominie de cette mort, a par le droit même de la justice, délivré le coupable, et de la servitude de la mort, et de l'empire du démon. ' Avec quelle justice donc pourrait-on exiger une seconde fois de l'homme ce tribut?

L'homme devait ; c'est lui qui a payé : Si un homme est mort pour tous les autres^ dit saint Paul, donc tous les hommes étaient morts *, afin que, comme un seul a porté les péchés de tous, de même la satisfaction d*un seul puisse être imputée à tous ; et qu'on ne puisse dire que celui qui a commis le crime, est autre que celui qui y a satisfait : puisque le chef et le corps ne sont qu'un seul Jésus-Christ. Le chef a satisfait pour les membres, Jésus-Christ pour ses entrailles, selon l'Évangile de saint Paul, qui convainc Pierre Abailard de mensonge, en disant : liort pour nous^ il nous a fait revivre avec /ut, fions pardonnant tous nos crimes^ et effaçant l*arrét de notre condamnation,par lequel nous étions tous sujets à la mort ; et Payant arraché des mains du démon, il l'a attaché à la croix^ ef , par ce moyen^ il a dépouillé les principautés et les puissances de l'enfer '•

16. Dieu veuille me donner place parmi ces dépouilles ravies aux puissanc(*s l'iuieiiiies,

5 U te*» Va 14. — t LolOàâ., Il, 13, 14.

et me remettre au pouvoir de mon divin Haitre I Si Laban me poursuit, et me reproche de l'avoir secrètement abandonné, qu'il sache que j'étais allé à lui en cachette aussi, et que je m'en suis retiré de la même façon. Un péché commis en secret m'avait assujetti à sa domination,etune justice plus secrète encore m'en a délivré. Pourquoi ne serais-je pas racheté aussi gratuitement que j'ai été vendu? Si Assur m'a calomnié sans sujet, pourquoi me demande-t-il raison de ma fuite? S'il me dit: c'est votre père qui vous a jeté dans l'esclave ; je lui répondrai : mais c'est aussi mon frère qui m'en a délivré. Puisque mon crime dérive d'une source étrangère, pourquoi ma justification ne me viendra-t-elle pas aussi d'ailleurs? Un homme m'a fait pécheur, et un autre homme me justiQe : je touche à l'un par la race, à l'autre par le sang. Quoi 1 le péché se trouve dans une race pécheresse ; et la justice ne serait pas dans le sang de Jésus-Christ? Mais, dira-t-on, que la justice reste à celui à qui elle appartient: quelle part y avez-vous? Soit; mais en même temps, que la faute ne soit aussi imputée qu'à celui qui en est l'auteur; quelle part y dois-je avoir? Est-il raisonnable que la justice ne profite qu'à l'innocent, et que l'impiété nuise à d'autres qu'au coupable? Il n'est pas juste que le fils porte l'iniquité du père, et soit exclu de la justice du frère. La mort est venue par un homme la vie nous est rendue par un autre homme. Et comme tous les hommes sont morts en Adam^ tous aussi seront vivifiés en Jésus-Christ *. De sorte que je n'appartiens pas tellement au premier, que je n'appartienne aussi au second; et si je suis à l'un par la chair, je suis à l'autre par la foi ; si j'ai été infecté en Adam, par la concupiscence originelle, j'ai été embaumé, en Jésus-Christ, par sa grâce spirituelle. Pourquoi m'imputer plus de mal du côté de la prévarition ? Si l'on me reproche ma naissance, je représente ma régénération ; et toute la différence qui est entre elles, c'est que l'une est spirituelle, et l'autre charnelle. Mais ni la raison, ni l'équité ne souffrent qu'elles soient mises sur le pied de l'égalité ; la justice exige que l'esprit l'emporte sur la chair, et que sa vertu soit d'autant plus efficace, que sa nature est plus excellente et plus noble. Par conséquent, la seconde naissance doit nous apporter plus de biens et d'avantages, que la première ne nous avait causé de maux. Le péché il est vrai, est descendu jusqu'à moi ; mais la

» I Cor, XV, 21.

grâce m'a touché. Et il nen est pas de la grâce comme du péché; car, au lieu que la condamnation de tous les hommes est venue par un seul péché^ la justification leur est donnée par la grâce^ après plusieurs péchés *. Le péché vient du premier homme ; mais la grâce est descendue du haut des cieux. Ces deux choses dérivent de mes pères: celle-Iàdu premier,et celle-ci du second. Si ma naissance terrestre a pu me perdre, à plus forte raison ma naissance céleste pourra-t-elle me sauver 1 Aussi je ne crains point d'être rejeté du Père des lumières, après avoir été arraché à la puissance des ténèbres ; parce que c'est dans lesang de son Fils que j'ai été pleinement justifié.Si c'est lui qui a opéré ma justification, qui osera prononcer ma condamnation? Celui qui a fait miséricorde au pécheur, ne condamnera point l'innocent ; et, si j'ose me vanter d'être juste, je sais que c'est de sa justice. Or, voulez-vous savoir quelle est cette justice ?y^sw<-C^m/ est l'accomplissement de la loi, pour la justification de ceux gui croient en lui *. // nous a été donné de Dieu le Père pour être notre salut '. Eh quoi ! une justice qui a été faite pour moi ne sera pas à moi ? Un péché étranger est devenu mien par la communication qui m'en a été faite ; et la justice d'un autre qui m'a été accordée, ne sera pas mienne? Certes, il y a plus de sûreté en celle qui m'a été donnée, qu'en celle qui est née avec moi. Il est vrai que celle-ci a de la gloire, mais non pas devant Dieu; au lieu que celle-là, qui produit efficacement mon salut, n'a sujet de se glorifier qu'en Dieu. Si je suis juste, dit Job, je n'en lèverai pas la tête plus hardiment *, de peur qu'on ne réponde : Qu'avez-vous que vous n*ayez reçu? Et si vous tavez reçu, pourquoi vous glorifiez vous^ comme si vous ne Vaviez pas reçu • ?

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