A PIERRE, ABBÉ DE CLUNY
n Ini adresse de sincères protestations d*attachement et d*afi«ction, et il s'excuse de lui avoir écrit quelques lettres ti-op vives.
y son très-révérend père et très-cher ami Pierre, par la grâce de Dieu abbé de Cluny, le frère Bernard, dit abbé de Clairvaux : le salut dans le vrai Sauveur.
Que ne puis-je vous envoyer mon cœur, comme je vous envoie cette lettre ! Vous y li • riez bien clairement la tendresse que je vous |)orte : c'est le doigt de Dieu qui l'y a écrite, et il l'a gravée dans la moelle même de mon être. Quoi donc! est-ce que je veux de nouveau me recommander à vous? Nullement. Depuis longtemps mon âme est attachée à la vôtre ; et (le deux personnes différentes, l'égalité de la charité a fait deux cœurs semblables. Qu'y aurait-il de commun, en effet, entre votre grandeur et ma hassesse, si votre condescendance n'avait fait incliner votre dignité jusqu'à moi? A partir de ce moment, ma bassesse et votre grandeur se sont confondues, au point que nous ne pouvons pas ne pas être, vous petit avec moi, et moi grand avec vous. Je vous dis ces choses, parce que Nicolas, mon fils ou plutôt le vôtre, profondément troublé, m'a troublé moi-même en m'assurant qu'il avait vu dans vos mains une de mes lettres à vous adressée, et dans laquelle des paroles amères étaient renfermées. Croyez-en mon affection : rien ne s'est élevé de mon cœur, rien n'est sorti de mes lèvres qui pût blesser Votre Béatitude. La faute en est à la multiplicité de nos occupations : car, si nos secrétaires ne retiennent pas bien notre pensée, ils aiguisent leur plume outre mesure, et je ne puis pas revoir ce que j'ai fait écrire. Pardonnez-moi pour
LETTRE CCCLXXXVIII.
(Ecrite yersranlISO.)