‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 355 sur 385 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

il RÉTABLrr LA PAIX ET LA GONCORDB ENTRE LES GCEURS DIVISÉS.

88. Une grave discorde avait surgi entre les peuples de quelques-unes de ces régions. Chargé de rétablir la paix entre eux, Halacbie, retenu ailleurs, confia cette mission à un des évêques. Celui-ci s'excusa et refusa, alléguant qu'on ne l'avait pas demandé, mais Malacbie ; qu'on le dédaignerait, et qu'il ne voulait pas s'exposer à d'inutiles fatigues. « Allez, lui dit « le Saint, et le Seigneur sera avec vous». Mais l'évcqne : <c J'y consens ; mais si on ne m'écoute « pas, sachez que j'en appellerai à votre patera nité » . Malacbie dit en souriant, soit : « Alors révêque, ayant convoqué les partis, dicte les bases de la paix. On les accepte, et la réconciliation a lieu. On s'engage par de mutuels serments, la paix est faite ; et on se sépare. Mais un des partis voyant son ennemi, dan$> la sécurité ; n'être plus sur ses gardes, parce que la conclusion de la paix lui ôtait tout soupçon, se mit à se dire: a Qu'avons-nous

1 Isale, xx^iiii 19.

SUR LA VIE ET LES ACTIONS DE SAINT MALACHIE

c Youlu faire? La victoire est en nos mains, et « nous pouvons tirer vengeance de nos ennemis ». Et ils attaquaient leurs adversaires. L'évéqueapprend ce qui se passe ; il accourt, et reproche au chef son injustice et sa perfidie : il en est^méprisé. Il invoque contre lui le nom de Maiachie, mais sans résultat : le chef, raillant révêque, lui dit : a Croyez-vous donc que pour a vous, nous devions laisser échapper les méa chants, que Dieu a livrés en nos mains ?i> L'évêque se souvint alors de l'entretien qu'il avait eu avec Maiachie, et se tournant, avec larmes et sanglots, vers son monastère : « Où ff étes-vous, dit-il, ô homme de Dieu ? où êtes- « vous? Ne voilà-t-il pas ce que je vous disais,. « ô mon père? Hélas 1 hélas ! je suis venu dans (c le but de faire le bien, et à cause de moi, ceux- « ci périssent dans leur corps, et ceux-là dans a leur âme d ? L'évéque se lamenta longtemps de cette façon, appelant et invoquant Maiachie contre ces méchants. Pendant ce temps, les impies,avec lesquels la paix avait été conclue, poursuivent leurs attaques, dans le but de prendre leurs adversaires, et voilà que l'esprit de mensonge les trompa^ par l'organe de quelques hommes. Ils rencontrèrent, en efTet, sur leur route, des gens qui leur annoncèrent que leurs ennemis venaient de faire irruption sur leur territoire, que le fer avait tout détruit, que leurs biens étaient pillés, leurs femmes et leurs enfants enlevés et emmenés. A ces nouvelles, ils se hâtent de revenir sur leurs pas. Les derniers suivent les premiers sans même savoir où on va, ni ce qui est arrivé; car tout le monde n'avait pas entendu les messagers. Arrivés chez eux, et ne trouvant rien de ce qu'on leur avait annoncé, ils furent tout confus, et pris dans leur propre malice. Or, révêque apprenant que les traîtres avaient été trompés dans leurs projets criminels, s'en revint tout joyeux trouver Maiachie, et lui rapporta fidèlement tout ce qui s'était passé. 59. Maiachie sachant que la paix avait été troublée à cette occasion, saisit le moment opportun, et prit soin de rétablir lui-même la paix entre ces peuples, puis de la consolider, par l'échange réciproque de la foi et du serment. Mais ceux contre lesquels la paix avait été violée, se rappelant l'injustice dont ils avaient été l'objet, oubliant à leur tour le pacte et l'ordre de Maiachie, songent à user de représailles. Ils se rassemblent donc, et s'en vont pour surprendre à l'improviste leurs adversaires, et leur rendre le mal que ceuxci avaient projeté. Ayant donc franchi aisé-

ment un grand fleuve qui les séparait, ils se virent arrêtés par une petite rivière, qu'ils rencontrèrent près de là; ce n'était plus une rivière, c'était un fleuve considérable qu£ offrait, sur tous les points, un obstacle infran-i ohissable. Tous alors de s'étonner de la largeur d'un cours d'eau, qu'ils avaient vu jusque-làl si faible, et de se dire : a D'où vient donc cette a inondation ? L'air est serein : aucune pluie a ne tombe ; il n'en est pas récemment tombé. « Quand il aurait plu abondamment, qui se sou- « vient d'avoir jamais vu cette rivière assez « haute pour couvrir la terre, et déborder sur « les champs et les prairies? Le doigt de Dieu « est ici : c'est le Seigneur qui nous ferme la « route, à cause de saint Maiachie dont nous « violons le pacte et transgressons le comman^ « dément » . Et sans poursuivre leur entreprise, ils s'en retournèrent chez eux tout confus. Ce fait se répandit par tout le pays, et on bénissait Dieu qui prend les sages dans leur sagesse, et qui, en brisant la puissance des pécheurs élève celle de son Christ.

60. Un noble, odieux au roi, se réconcilia avec lui, par l'entremise de Maiachie. Il ne se fiait pas assez au roi pour faire sa paix avec lui, sans la médiation du Saint, ou de quelque autre personnage également révéré de lui. Il avait raison, comme la suite le fit voir. Car, comme il se croyait en sûreté, et n'était pas sur ses gardes, le roi le prit, le jeta en prison, captif lui-même de sa haine. Les parents de cet homme viennent le réclamer au médiateur, car ils attendaient sa mort. Que pouvait Maiachie, sinon recourir à son refuge unique et assuré ? Ayant donc réuni sa forte armée, la troupe de ses disciples, il va droit au roi, et redemande le prisonnier : on le lui refuse. Alors Maiachie lui dit : a Votre conduite envers « Dieu et envers moi est injuste : vous êtes 0 coupable envers vous-même en violant une « convention. Si vous dissimulez, je ne vous a imite pas. Cet homme s'est fié à moi : s'il a meurt, c'est moi qui le trahis, et je suis cou- « pable de son sang. Pourquoi voulez-vous « faire de moi un traître et de vous un prévaa ricateur? Sachez que ni moi, ni ceux-ci, a nous ne prendrons aucune nourriture que a le prisonnier n'ait été rendu à la liberté? b Après ce discours, il entre dans l'église : ses gémissements, soutenus de ceux de ses disciples, pressent Dieu d'arracher à des mains injustes et criminelles, une victime injuste nient condamnée. Le jour et la nuit qui suivit s'écoulèrent ainsi, dans la prière et le jeûne

On rapporta au roi ce qui se passait; mais ce qui aurait dû amollir son cœur, ne fit que l'endurcir. Cet homme charnel prit la fuite, craig^nant de ne pouvoir, s'il restait là, résister à la puissance de la prière-; comme si cette force divine ne trouvait pas ce qui est caché, ou n'atteignait pas à ce point le plus éloigné. Eh quoi I malheureux, tu prétends nettre des bornes aux prières des saints? Est-ce que la prière n'est qu'une flèche une fois lancée, et crois-tu luiéchapper,ainsi qu'aux traitsdel'arct Où iras-tu donc pour te soustraire à l'esprit du Seigneur qui la poile, et où te déroberastu à sa puissance ? Ali 1 il poursuit le fuyard ; et il découvre le lieu où il se cache. ïu deviendras avuuj^le pour mieux voir, et pour comprendre enfin qu'il est dur de regimber contre l'aiguillon. Sens donc, dès aujourd'hui, que les flèches aiguës du Puissant sont arrivées jusqu'à toi, et que, si elles sont tombées de ton cœur de rocher, elles ont frappé tes yeux. Plût à Dieu, qu'à travers les fenêtres de tes yeux, elles parviennent à ton cœur, et que la souffrance donne intelligence à ta cécité I On eût vu ce nouveau Saul, conduit par la main à un nouvel Ananie *, le lou() traîné à la brebis, pour lui rendre sa proie. 11 la rendit, et recouvra la vue. car Mnlachie était si bien une brebis, qu'il eut pitié même du loup. En tout ceci observez, lecteur, le milieu où habitait Malachie : quels princes 1 et quels peuples I N'était-il pas le frère des dragons, et le compagnon des cruelles autruches"? Aussi, le Seigneur lui donna-t-il la vertu de fouler aux pieds les serpents et les scorpions, d'enchainer les rois, et de charger les princes de liens de fer. Mais écoutez la suite

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