CHAPITRE XIX
IL bevieut célèbre par son espbit prophétique
ET i.A GRACE nRft HIRACLES.
64. Comme il traversait une certaine ville, et qu'une giande multitude accourait à lui, il remarqua, par hasard, un jeune homme avide de le voir. Ce jeune homme, monté sur une pierre, se dressant sur la pointe des pieds, le cou tendu, les yeux et l'esprit occu|.éâ du » Saint, lui faisait l'iffct d'un nouveau Zachée. Malachie le vit, l'Esprit-Snint lui révélant qu'il était vraiment venu avec les sentiments et les dispositions de Zacliée '. Cependant il fit semblant de ne pas le voir, et, sans
« Ps. XLvi, 42.— sExod., XXV, 40.—» Luc Xix, 2, Ô.
rien dire, i) passa outre. Mais, la nuit, dans l'endroit où il était logé, il raconta à ses frères qu'il l'avait remarqué, et leur dit quelles prévisions il avait eues à son sujet. Le troisième jour, voilà le jeune homme, et avec lui, un personnage noble, son maître, qui dévoile au Saini les vœux et les désirs du jeune homme, le priant de le recevoir, sur sa recommandation, et de le compter désormais parmi les siens. Malachie le reconnaissant : « Il n'est pas né- « cessaire, dit-il, qu'un homme recommande « celui qui a, pour lui, la recommandation de Dieu ». Et l'ayant pris par la main, il le confia à notre cher abbé Congan, qui le remit aux frères. Ce jeune homme vit encore, et est, si je ne me trompe, premier convers laïque du monastère de Surrey : tous ses frères lui rendent le témoignage qu'il mène une vie sainte dans l'ordre de Citeaux. Les disciples reconnurentque Malachie avait eu, en cette occasion, l'esprit de prophétie : cette occasion ne fut pas la seule, comme le prouvera ce qui va suivre. 65. 11 célébrait le saint sacrifice, et le diacre s'était approché de lui, pour remplir une de ses fonctions. L'évêque, l'ayant regardé,* poussa un gémissement, devinant que le clerc cachait en son cœur des choses inconvenantes. Après le sacrifice, le diacre, questionné en particulier sur l'état de sa conscience, avoua sans détour que, la nuit, pendant son sommeil, il avait éprouvé une illusion. Malachie lui imposa une pénitence, a Vous ne deviez pas, lui dit-il, servir aujourd'hui à l'autel : il fallait (( vous éloigner modestement des choses « saintes, par respect pour des mystères di- 0 vins; vous purifier par cet acte d'humilité, (( et vous rendre ainsi plus digne de votre « ministère. » Une autre fois, pendant qu'il sacrifiait et qu'il priait avec sa sainteté et sa pureté habituelles, le diacre qui l'assistait voit une colombe entrer par la fenêtre, au milieu d'une vive clarté, qui environne l'évêque et inonde la sombre basilique. La colombe, après avoir quelque temps voltigé çà et là, finit par^ poser sur une croix, sous les yeux du Pontife. Le diacre est saisi d'étonnement et d'efl'roi, tombe le visage contre terre, et, tout agité, ose à peine se relever, quand ses fonctions l'exigent. Après la messe, Âialachie le prit à part, et lui défendit, sous peine de la vie, de jamais raconter, lui vivant, ce qu'il avait vu. Une fois qu'il était à Armagh, avec un évêque, son collègue, il se leva la nuit, et se mit à visiter» en priant, tous les autels des saints, qui sont dans le cimetière de Saint-Patrice. Tout
à coup un de ces autels s'embrasa. Tous deux virent cette grande vision, et tous deux en furent saisis d'admiration. Mais Malachie, comprenant qu'il y avait là un signe du grand mérite de celui, ou de ceux dont les corps reposaient en ce lieu, s'élance, se plonge dans ces flammes, et, les bras étendus, embrasse l'autel. Qu'y fit-il? quels sentiments éprouva-t-il ? Personne ne le sait; mais, qu'il soit sorti de ces flammes plus embrasé que jamais du feu divin, c'est ce que n'iimore aucun des frères qui étaient avec lui
66. Ce sont là des faits choisis parmi un plus grand nombre ; ils sont considérables pour le temps, car nous ne vivons pas dans un siècle de prodiges, selon qu'il est écrit : Nous ne voyons pas de signes, et il n'y a plus de prophète^ Ceci montre îtsse? l'excellence des mérites de notre Malachie, si riche en miracles, au milieu de la rareté des prodiges. Quel éclat des antiques miracles ne Ta pas environné ? Si nous faisons bien attention au petit nombre de faits cités, prophétie, révélation, punition d'impies, grâce deguérison, conversion des cœurs, résurrection des morts rien ne lui a manqué. Dieu, qui l'aimait, l'a orné de toutes ces gloires. Il l'a élevé en présence des rois, et lui a donné une couronne éclatante. L'amour que JBieu lui portait est prouvé par ses mérites ; la gloire dont il l'a entouré, par les miracles; sa grandeur, parla vengeance tirée de ses ennemis, et sa glorification, c'est la récompense qu'il lui a accordée. Vous trouvez donc en Malachie, lecteur attentif, un sujet d'admiration et un objet d'imitation. Remarquez maintenant ce que tout cela vous fait espérer. La fin de tout cela c'est une mort précieuse.