A LELBERT, ABBÉ DE SAINT-MICHEL
II renvoie à son monastère un moine qu'il a Retourné de sa funeste résolution de voyager.
A son père et ami Lelbert, abbé de Saint-Michel, le frère Bernard, inutile serviteur des serviteurs de Dieu qui sont à Clairvaux : ses sentiments de légitime tendresse.
Voici votre fils, qui, renonçant d'après notre conseil, au pèlerinage qu'il aTait entrepris
* Luc, xr, 8.
* 11 y avait en France plusieurs monastères du nom de Saint-Michel : au bord de la mer en Bretagne, sur la Meuse, en Bourgogne, dans le Poitou et en Thiérache. C'est de ce dernier monastère que Lelbert parait avoir été abbé. Celui-ci était soit cet Elbert qui à Foigny donna en 1121 un emplacement à l'évoque Barthélémy pour y fonder un monastère de Cistei^ ciens, soit Gilbert son successeur, appelé le Platon de son siècle. A la mort de Simon, abbé de Saint-Nicolas, Gilbert fut mis à la tète de cette abbaye, dont il était sorti. Il eut pour successeur Léon, auquel Innocent li accorda des privilèges en ii 38.
avec votre pennission, revient à vous. Lorsque nous avons appris, en effet, qu'il avaitdemandé par légèreté à faire ce voyage, et que vous le lui aviez permis, à cause de son importunité, nous l'avons durement réprimandé, comme il le méritait, et nous l'avons décidé à retourner auprès de vous ; autant que nous ayons pu en juger, il est prêt à faire pénitence de sa légè' reté et de son importunité, et il promet de s'amender à l'avenir. Nous avons pensé qu'il valait mieux qu'au moins, quelque coupable qu'il fût, il fit pénitence dans son monastère, plutôt que de courir le provinces comme un vagabond. La profession des moines est de se rendre à la Jérusalem céleste, et non à celle de la terre; et ce n'est pas avec leurs pieds, mais avec leur cœur qu'ils y parviendront. Pour vous, mon père^ ne soyez pas fâcbé de son retour, quelque suspecte que vous paraisse sa conversion. Réjouissez-vous plutôt de ce que votre fils était mort et qu'il est ressuscité, de ce qu'il était perdu et qu'il est retrouvé.
LETTRE CD
A l'abbé de libsse.
n le prie de recevoir le frère Robert, de le traiter avec bienveillance, et il lui demande des noavelles de son abbé.
Au vénérable père du monastère de Liesse et à ses fils, le frère Bernard, inutile serviteur des serviteurs de Dieu qui sont à Claii-vaux : qu'ils servent le Seigneur dans la crainte, et se réjouissent devant lui avec tremblement.
Nous vous avons renvoyé le frère Robert, en vous priant avec lui et pour lui, de le recevoir avec plus de clémence qu'on n'en montre d'ordinaire auf autres fugitifs qui reviennent. Où les circonstances sont différentes, la peine ne doit pas être la même. De plus, enlevez-le à l'Obédience dans laquelle il a été longtemps retenu malgré lui, au péril de son âme, comme il le dit, et transférez-le dans un autre lieu où il puisse mener une vie plus salutaire et plus sûre. Autrement, je crains, autant que j'ai pénétré ses intentions, que vous ne le perdiez sans retour. Nous avons appris que le seigneur abbé est gravement malade. Nous vous demandons de nous faire savoir au plus tôt s'il est mort ou vivant, afin que nous nous réjouissions de sa vie, toute mortelle quelle est, ou
' On appelait Obédience un Prieuré, une celle ou une feme qoi était admioialrée par deux ou trois religieux au plus*
que nous pleurions sa mort, bien qu'elle le conduise à la vie, ou, pourdire plus vrai, nous aurons, de l'une et de l'autre nouvelle, joie et peineen même temps. Nous gémirons pour lui de la vie qui le retarde, nous nous en réjouirons pour nous à qui elle le conserve; nous le féliciterons de la mort qui lui donne la récompense, nous en gémirons pour nous qu'elle privera d'un ami.
LETTRE CDI.
A l'abbé BAUDOUIN DE GHATILLON.
Il lui Ole la crainte que les paroles imprudentes d'ano personne lui avaient donnée.
J'ai vu que vous nous aimiez, à la crainte que vous avez eue pour nous. Mais réjouissez-vous: car ce que vous redoutiez ne nous est pas arrivé. Lachosea été examinée avec soin, suivant l'avis que vous m'aviez donné, et le mensonge a été pris dans la bouche de celui qui vous a dit Ces paroles. Soyez sûr que de deux choses l'une : cet homme a parlé ou par malice, ou sur un simple soupçon. Assurément, la douleur reviendra sur sa tête, et son iniquité retombera sur lui. Car il est coupable de ce qu'il s'efTorce de prêter à autrui.
LETTRE CDU.
A BAUDOUIN, ÉVÊQUB DE NOTON '.
Il lui recommande avec enjouement un enfknt.
Au seigneur Baudouin, évoque de Noyon, le frère Bernard, dit abbé de Clairvaux : plus encore qu'il ne mérite.
J'envoie l'enfant qui porte cette lettre manger votre pain ; j'é()rouverai votre avarice, en voyant si vous le recevez avec tristesse. Ne pleurez pas, ne vous lamentez pas : il a le ventre petit et se contentera de peu. Cependant, nous vous serons reconnaissant s'il revient de chez vous avez plus de science que d'embonpoint. Ha manière d'écrire me tiendra lieu de cachet ; le mien ne s'est pas trouvé sous ma main, pas plus que votre ami GeofTroy.
* On voit par une lettre de Snger, let 44, que ce Baudouin avait été abbé de ChâtaUon. C'est k lui qu'était adressée la lettre précédent*
LETTRE CDIIL