‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 41 sur 385 · A HENRI ARCHIDIACRE · texte numérisé non relu

A HENRI ARCHIDIACRE

Sor la validité da Bapiéme conféré par ces paroles : « Je te baptise aa nom de Dieu et de la sainte et vraie Croix. »

A son cher Henri archidiacre, le frère Bernard, dit abbé de Clairvaux : salut et prières.

i . Nous répondons brièyement à la question que Yous nous ayez posée, sans préjudice néanmoins d'un avis plus sûr et plus sage. Un laïque, dites-TOus, a baptisé un enfant arraché au sein de sa mère et qui était en danger de mort, et il n'a point observé, quant aux paroles, la forme ordinaire, mais il a dit: a Je te baptise au nom de Dieu et de la sainte et vraie Croix, j» Vous demandez si l'enfant a été baptisé, ou si, en supposant qu'il vive, il doit être rebaptisé *. Pour moi je crois qu'il est baptisé et que le son des paroles n'a pas pu nuire à la sincérité de la foi, ni à la piété de l'intention. Car, sans parler du nom de Dieu,, par lequel il a exprimé la substance de la Trinité, en ajoutant : o de la sainte et vraie Croix », il a manifestement fait mention de la passion du Seigneur. Autrement, ce serait croire que l'Apôtre, contrairement à ce qu'il dit: Que celui qui se glorifie doit se glorifier dans le Seigneur •, entend se glorifier dans le bois de la Croix et non pas dans la grâce du Crucifié, lorsqu'il s'écrie : A Dieu ne plaise que je me glorifie ailleurs que dans ta croix de Notre- Seigneur Jésus-Christ ''X Quand nous disons en baptisant selon la règle commune de l'Église: « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », il ne faudrait pas entendre autre chose qu'uile ccvnfession de la Trinité. De même une confession de la sainte Croix n'est qu'une confession du Crucifié. Et nous lisons dans les Actes des Apôtres que, non seulement on baptisait au nom du Père, du

< Henri, frère de Loais le Jeune, était alors archidiacre Or* léaas, diaprés le cartulairc de Saint-Martin ù^ Champs*

* Cett« lettre a para à plusieurs critiques n'être pas de saint Bernard. Mais dom Mabillon la lai attribue ; on la trouve dans les plus anciennes éditions, celle de Lyon del 520 etles suivantes ; et elle rappelle le style de saint Bernard. Da reste, l'avis de saint Bernard sur la validité du baptême conféré au nom de Bien seul et de la Croii n'est point admis par les théologiens et n'est pas conforme à la tradition des Apôtres, des Pères, et particnlièrement de saint Augustin. Ils exigent qu'il soil an moins fiût mention de la sainte Trinité.

» I Cor., I. 31, et 11 Cor., x, 17. — » Galat., vj, U.

Fils et du Saint-Esprit, mais encore que quelques personnes étalent baptisées au nom du Seigneur Jésus-Christ*.

S. Vous demandez encore si celui qui a fait ce baptême a poché, ou s'il est permis d'employer cette forme dans d'autres cas. Quoiqu'il soit raisonnable d'excuser la conduite de cet homme par sa simplicité, au point de n'y voir aucun péché ou un péché minime, ceux qui, par témérité, voudraient introduire, contre la forme de l'Église, un nouveau mode de baptême, seraient tout à fait inexcusables. Si, l'on soutient qu'il a commis un péché, je ne puis pas croire que ce soit un péché suffisant pour compromettre le salut de celui qui a conféré le baptême, ou de celui qui l'a reçu. Car il ne parait pas avoir méprisé la foimule de l'Église, mais s'être laissé aller à ces paroles par l'ardeur d'une foi trop empressée.

LETTRE CDIV.

Page 1