‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 58 sur 385 · A UN ANONYME · texte numérisé non relu

A UN ANONYME

Il rengage à préférer le soin de son âme à celoi de mb corps, et en conséquence à renoncer au monde.

Le seigneur d'Avia nous a causé, je l'avoue, un grand plaisir, d'abord en nous donnant de ses chères et désirées nouvelles, et ensuite en y joignant un souvenir de votre personne aimée, dont nous avons appris avec joie la bonne santé. Cependant j'aurais entendu avec plus de plaisir dire cela de votre âme ; car l'évêque parlait de votre corps. J'aime votre corps sans doute, mais j'aime votre ftme davantage ; en ce qui me concerne, je n'aime mon corps qu'à cause de mon âme, et je vous dirai que c'est ainsi que j'accomplis la règle : Vous aimerez votre prochain comme vous-même^; et par conséquent, de même qu'en moi je préfère l'âme au corps, de même j'agis pour vous. Car l'âme supprimée, que sera le corps, sinon ce que l'on a dit à deux corps comme les nôtres : Vousêtes terre et vous retournerez en terre* ? Ainsi, on rend un service à l'âme en la délivrant du corps, pourvu qu'elle ne soit pas tellement accablée de péchés, que , la terre reprenant ce qui lui a été emprunté, l'esprit ne puisse plus, comme dit l'Écriture, retourner au Seigneur qui l'a fait \ Il n'est pas juste assurément d'ai-

» Matth., XXII, 39. — • Gen., m, 19.— » EccU., xii,7.

mer également ce qui est soumis au mouvement et ce qui en est le principe, ce qui dirige €* ce qui est dirigé, ce qui vivifie et ce qui est vivifié, enfin ce qui est terre et vient de la terre, et ce qui vient d'en-Haut et a été tait à l'image d'une nature supérieure. Combien cependant, 6 douleur 1 n'estîme-t-on pas, je ne dirai pas autant, mais même plus cette herbe, et de cette herbe la fleur empoisonnée, qui est la chair, et les biens de la chair, que cette raison qui doit être rendue capable de la béatitude infinie et d'une éternité de bonheur ? Pour vous, je sais que vous pensez autrement ; mais je déplore que vous ne viviez pas comme vous pensez, et que vous ne vous rendiez pas agréable à Dieu en ayant pitié de votre âme *. Pourquoi associez-vous encore votre vie à ceux dont les maximes ne sont pas d'accord avec les vôtres? Ou changez de vie, ou renoncez à vos maximes. Au reste, il vaut mieux que vous ne démentiez pas par vos actes ce que votre cœur a conçu et ce que votre raison a entrepris. Le Sage ne méprise pas ce conseil de la sagesse : Que sert à r homme de gagner le monde entier^ et d'avoir à supporter la perte de son âme • ? Quel avantage trouvez-vous à attacher votre esprit à la vérité, quand votre conduite est encore attachée à la vanité? Éloignez- vous, je vous en conjure, du milieu des enfants étrangers, qui ont la vanité à la bouche e't dont la main est un instrument d'iniquité. Qu'ils vantent le bonheur du peuple qui vit de ces choses ; pour vous, joignez-vous au Prophète, moins pour proclamer par vos paroles que pour justifier par votre propre expérience combien est heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu •. Qu'ils trouvent leurs délices dans le monde, puisqu'ils doivent périr avec le monde; pour vous, mettez vos délices dans le Seigneur, et il satisfera tous les désirs de votre cœur; il vous est utile de vous attacher à lui, afin de pouvoir dire avec Jèrémie : Le Seigneur est bon pour celui qui le cherche ^ : que s'il est bon pour celui qui le cherche, combien plus le sera-t-il pour celui qui le trouve?

LETTRE CDXLI.

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