A UN PRIEUR
U lui envoie on jeune homme qui demandait à être reçu dans rOrdre.
J'ai trouvé le jeune homme qui vous a porté
> Eccli., XXX, 24.—* Mallh, XVI, 26.— » Ps. ciLiii, 15. — ^ Thren , m, 25.
• Peut-être le prieor de CUiiTanx, comme le pense dom Martène.
cette lettre m'attendant à Cliâlons ; dès qu'il m'aperçut, il me demanda assez simplement et modestement à être admis dans notre Ordre et à se faire moine. Il me raconta que Thomas de Marie, dont il a été l'écuycr, voulait faire de lui un chevalier dans la milice du siècle, mais qu^l préférait la milice du Christ, et qu'il se réfugiait pour cela auprès de nous. Consultez là-dessus quelques-uns de nos frères, et, s'ils y consentent et que vous-même soyez de cetavis, recevez-le et éprouvez-le. Je vous dirai que j'ai, non par mes prières, mais par celles de dame Béatrice *, arraché à l'évêque la permission de passer l'hiver auprès de vous, non pas à Clairvaux, mais dans le pré de Démentinus. En attendant, veillez, stimulez les paresseux, réprimez ceux qui sont trop ardents, consolez les faibles, faites-vous tout à tous, et communiquez à tous vos vertus.
LETTRE CDXLIl.
A UN ABBÉ DE l'ORDRE DE SAINT BENOIT.
Il loi envoie denx jcones gens qui ne sont pas aaaes forts
pour la règle de Citeaux, mais dont il poorra peut-être tirer paiti.
Qu*il aime la charité et la paix*
Comme ces deux jeunes gens ont delà bonne volonté, mais que leurs forces physiques ne sont pas suffisantes pour notre Ordre, nous avons pensé à vous les envoyer. S'ils continuent à se montrer tels que nous les avons éprouvés, nous sommes assuré qu'ils ne vous seront pas inutiles. Enfin, recevez-les et essayez vous-même si ce que nous attestons est exact; ne mettez pas de précipitation à recevoir leur profession, pour étudier d'abord leur utilité.
LETTRE CDXLIII.
A UN Atfl.
Au siyet d'un homme dont il Taconte les mauvaises mœuis et qui recherchait des alliances nobles.
J'ai fait ce que vous vouliez et ce qui ne me regardait en rien, sinon parce que vous le désiriez. Que nous importent, en effet, vos terres, vos arrangements, vos mariages ? Cet homme pour lequel vous m'avez déterminé \ïav vos instances à supplier la duchesse, nous l'avons toujours connu comme adonné au mal dès sa jeunesse, et comme éloignéde tout bien, telle-
1 La lettre cxviii est adressée à une dame Béatrice, noble et pieuse matrone dont saint Bernard exalte U charité et le détouement pour lui.
ment que nous n'attribuons pas tant à la pas* sion de la duchesse qu'au juste jugement de Dieu les malheurs qui lui arrivent; jamais, quoiqu'il soit pécheur, nous ne l'avons vu à quelque pèlerinage des saints; jamais, quoiqu'il soit riche, nous n'avons entendu parler de ses aumônes; jamais, quoiqu'il ait été longtemps prévôt, nous n'avons constaté qu'il ait donné son appui à la veuve ou à l'orphelin. Et maintenant, malgré cela, il ne cesse de se grandir au-delà de sa taille. Sachez, vous qui êtes ses amis, qu'il ne pourra jamais tirer que peu ou point de profit de la société des nobles, auxquels , sans tenir compte de sa médiocrité, il désire avec tant d'ardeur unir ses fils et ses filles en mariage. Cependant, je voudrais et je souhaiterais vivement que ce qu*à cause de vous j'ai demandé volontiers', lui réussit.