DE HENRI DE RBIHS A SAINT BERNARD
Henri à son père, tout ce qu'un fils souhaite à
son père
Ce n'est pas la témérité, mais la confiance, qui me détermine à vous écrire, très-bienveillant père. Je sais que ce n'est pas à moi de parler, comme le ferait N. blessé et dormant dans son sépulcre ; mais le zèle, je l'avoue, brûle mon fime pour ce pauvre évéque, qui, parce qu'il a pratiqué la justice et voulu l'équité, a été blessé par son ennemi et atteint d'un châtiment cruel. Il a voulu s'asseoir sur son siège et faire rendre à l'évêque ce qui lui revient, voilà son plus grand et son premier crime; voilà le sang dont on lui demande compte ! Si donc je puis quelque chose aux yeux de mon père, et je puis beaucoup, arrangez cette afTaire, comme vous le jugerez convenable. Du reste, je suis heureux et bien portant, et j'attends de voir votre visage, comme si c'était le visage de Dieu. Le jour de mes vœux est proche, ce jour dans lequel je contracterai, par vos mains et sous votre garde, une alliance avec le Seigneur mon Dieu, afin de le servir jour et nuit, et tous les jours de ma vie, très-tendre père.
LETTRE CDLXXIV.
DE JEAN ÉVÊQUE d'aLET, A SAINT BERNARD.
A son père et au père de tous les gens de bien, à Bernard, abbé de Clairvaux,le frère Jean, évoque d'Alet: qu*ici-bas il mérite de la gloire par ses travaux, et que là-haut il en reçoive avec les anges.
Plaise à Dieu que je puisse vous voir, au lieu de vous écrire, et que la douceur de votre visage pénètre et adoucisse ma douleur. En eiTet, je suis centriste des maux qui m'accablent, bien que, selon l'expression du Sage, la tribulation me console, et que ma conscience ne me flagelle pas. Je sais, en effet, que bienheureux sont ceux qui souffrent sans mériter ce qu'ils endurent. C'est pourquoi, je vous écris les choses qui me concernent, brièvement toutefois, afin que mes pages ne retiennent pas trop
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longtemps des regards que vous devez au inonde. Après la sentence rendue contre moi conformément à vos conseils, je me suis adressé à mon seigneur, à celui que le Seigneur a établi le chef de sa maison et le prince de toutes ses possessions. Arrivé près de lui, j*ai trouvé un juge plus qu'un père, et il a eu pour moi moins de miséricorde que de sévérité. En effet, les hommes du grand monastère m'avaient prévenu, et, ayant donné à leurs paroles les apparences de la vertu, ils se sont trouvés plus influents que moi. Us ont dit que j'avais fui l'examen des évèques, aux mains desquels le Pape lui-même avait remis le soin de m'entendre. Ils ont articulé contre moi, non seulement ces choses, mais tout ce qu'ils ont pu recueillir de tous côtés, et ils ont été écoutés avec beaucoup de calme. Comme je me préparais à leur répondre et à réfuter ce qu'ils disaient, le juge de l'univers n'a pas voulu m'entendre : que cela ne lui soit pas imputé à péché l Mais il a ajouté encore à la douleur de mes blessures, en me remettant à ceux auxquels il m'avait déjà envoyé, et que je tenais en partie pour suspects : et sa main demeurant étendue sur moi, je me suis éloigné, toujours frappé de la suspense sous le coup de laquelle j'étais venu à lui.
Bien que je n'aie conscience d'aucune des choses que ces hommes ont malicieusement inventées contre moi, cependant j'attends, si^ non avec joie, au moins avec patience, le jugement. Je sais en effet que, n'étant qu'un mauvais ouvrier digne de tout mépris, j'ai mérité un traitement plus grave que celui que j'endure. Hais la province que j'avais reçue, était difficile pour moi, qui suis sans fortune : j'avais trop peu de ressources pour en entreprendre la direction, et entrer en lutte avec des hommes qui se fient en leur puissance et se glorifient de l'abondance de leurs richesses. C'est pourquoi j'attends au milieu de vos religieux de Clairvaux votre conseil comme le conseil de Dieu : car personne ne pourra arracher un pauvre évêque des mains de plus forts que lui, si tout votre pouvoir ne s'oppose à ceux qui l'attaquent et le déchirent. Seigneur mon père, je suis prêt, sans être troublé, à observer vos ordres, et puisse votre volonté, si Dieu le permet, n'être point en désaccord avec la mienne! Si vous le jugez convenable, faites connaître à votre enfant votre bon plaisir: car il n'aura recours qu'à vous, il n'aura d'appui que de vous, très-tendre père.
LETTRE CDLXXY.