DE H., ÉVÊQUE DE GRAGOVIE, A SAINT BERNARD
II l'engage k entreprendre la conversion des Raihè&es.
A B., par la grâce de Dieu abbé de Clairvaux, homme digne de respect, de vénération, d'éloges de toutes sortes, et doué du mérite insigne de la sainteté. M., par la môme grâce évêque de Cracovie, et Pierre.... comte : qu'il continue à donner les fruits qu'il donne.
Nous rendons des actions de grâces à notre Dieu, et des actions de grâces infinies, de ce qu'il vous a suscité à notre siècle, vous l'honneur et la gloire des abbés ; vous qui, comme un vase d élection, prenez soin de toutes les églises, sans qu'aucune jamais échappe à votre sollicitude; vous qui partagez les infirmités de tous ; vous dont les mérites sont la cause de tout le bien que Dieu répand sur l'univers indigne, et par les prières duquel le Juge sévère révoque sa sentence et apaise au lieu de frap* per sur-le-champ les pécheurs, suspend sa co« 1ère et leur pardonne.
Maître A., votre bien-aimé fils, nous a consulté de votre part pour savoir si Ton ponvait' extirper les observances et les pratiques impies des Ruthènes. Cela serait possible sans doute, seigneur, cela serait possible, mais seulement* à un homme en qui la grâce serait puissante. Nous avons cette confiance dans le Seigneur Jésus, que si l'abbé de Clairvaux était ici, il pourrait accomplir ce bien. Cette nation des Ruthènes, aussi nombreuse que les étoiles, ne garde pas la règle de la foi orthodoxe et les institutions de la vraie religion, ne remarquant pas qu'en dehors de l'Église catholique il n'y a pas place pour un véritable sacrifice. Ce n'est pas seulement dans le sacrifice du corps du Seigneur, c'est dans le divorce, dans le baptême, dans les autres sacrements de l'Église, qu'on les voit honteusement faillir. Imbus, dès le commencement de leur conversion, d'erreurs diverses et même de toute la dépravation des hérétiques, ils ne confessent le Christ que de nom, et le renient entièrement' par leurs actes. Ils ne veulent se conformer ni à l'Église latine ni à l'Église grecque ; mais, se séparant des deux, ils ne commmuniquent avec personne par la participation des sacrements.
S. Bern . — Ton. IL
Votre prédication, seigneur, plus pénétrante qu'un glaive à deux tranchants retrancherait tout ce mal, si le Saint-Esprit vous inspirait de les visiter. Ce n'est pas seulement dans la Ruthénie, qui est comme un autre monde, mais encore en Pologne et en Bohême, ou dans la Slavonie, désignation commune qui embrasse plusieurs provinces, que vousproduiriezde tels fruits, si grands et si agréables à Dieu que vous l'entendriez vous dire ensuite : Courage^ serviteur bon et fidèle. Tous ou presque tous, nous l'espérons, obéiraient très-certainement à votre parole.
Daignez, tendre père, daignez éclairer aussi nos ténèbres, comme vous en avez éclairé d'autres. Daignez former les Slaves barbares à des mœurs.droites et à une vie raisonnable. Daignez visiter nos régions glacées, pour qu'à l'arrivée de notre abbé le froid horrible de l'Aquilon soit tempéré par la douceur de FAuster et par le souffle de Vulcain ; que la barbarie inculte soit formée par votre civilisation , que des hommes sauvages soient pacifiés par votre science, et s'adoucissent sous le joug du Seigneur. Si le thrace Orphée et le thébain Amphion sont parvenus par l'éclat de leur gloire jusqu'au ciel et sont mis au rang des astres, s'ils sont chantés par le génie des poètes et qu'ils vivent après leur mort en leurs vers, parce que l'un et l'autre ont adouci, par les accords de leur lyre, des forêts et des pierres, c'està-dire des hommes habitant les bois et les rochers, et qu'ils les ont contraints à recevoir des lois, combien notre espérance n'est-ellc pas plus grande de voir des nations cruelles et barbares être réconciliéesavec le Christ par un saintabbé qui est le héraut de l'Évangile, et la lampe de la maison du Seigneur, et Finterprcte de la volonté divine, supérieur à Orphée... illustre par sa science surnaturelle, doué d'une intelligence céleste et muni de presque tous les dons de la grâce.
Avec quelardent désir, moi et le comte Pierre, homme animé d'un grand zèle pour le cuHc de Dieu, pour l'Église et pour la religion, n'attendons-nous pas, bon père, votre arrivée I Celui-là seul qui voit les secrets du cœur nous en est témoin. Mais nous ne sommes pas seuls à désirer l'abbé de Clairvaux. Tous, riches et pauvres, nobles et humbles, jeunes garçons et jeunes flUes, vieillards et jeunes gens, désirent également l'abbé. Tous les Polonais, de tout ordre, de tout âge, de tout sexe, de toute condition, appellent l'abbé de tous leurs vœux.
LETTRE CDLXXVl.